lundi 19 septembre 2022

Nuremberg ou la terre promise

 



Cette mise en garde permanente nous prépare une forme de vie politique que 

nous ne devons pas ignorer et que d'ailleurs trois ans d'expérience continentale ne nous 

permettent pas d'ignorer. La condamnation du parti national-socialiste va beaucoup plus 

loin qu'elle n'en a l'air. Elle atteint, en réalité, toutes les formes solides, toutes les formes 

géologiques de la vie politique. Toute nation, tout parti qui se souviennent du sol, de la 

tradition, du métier, de la race sont suspects. Quiconque se réclame du droit du premier 

occupant et atteste des choses aussi évidentes que la propriété de la cité offense une 

morale universelle qui nie le droit des peuples à rédiger leurs lois. Ce n'est pas les 

Allemands seulement, c'est nous tous qui sommes dépossédés. Nul n'a plus le droit de 

s'asseoir dans son champ et de dire : "Cette terre est à moi". Nul n'a plus le droit de se 

lever dans la cité et de dire : "Nous sommes les anciens, nous avons bâti les maisons de 

cette ville, que celui qui ne veut pas obéir aux lois sorte de chez moi". Il est écrit 

maintenant qu'un concile d'êtres impalpables a le pouvoir de connaître ce qui se passe 

dans nos maisons et dans nos villes. Crimes contre l’humanité : cette loi est bonne, 

celle-ci n'est pas bonne. La civilisation a un droit de veto. 

Nous vivions jusqu'ici dans un univers solide dont les générations avaient déposé 

l'une après l'autre les stratifications. Tout était clair : le père était le père, la loi était la loi, l'étranger était l'étranger. On avait le droit de dire que la loi était dure, mais elle était la 

loi. Aujourd'hui ces bases certaines de la vie politique sont frappées d'anathème. Car ces 

vérités constituent le programme d'un parti raciste condamné au tribunal de l'humanité. 

En échange, l'étranger nous recommande un univers selon ses rêves. Il n'y a plus de 

frontières, il n'y a plus de cités. D'un bout à l'autre du continent, les lois sont les mêmes, 

et aussi les passeports, et aussi les juges, et aussi les monnaies. Une seule police et un 

seul cerveau : le sénateur du Milwaukee inspecte et décide. Moyennant quoi, le 

commerce est libre, enfin le commerce est libre. Nous plantons des carottes qui par 

hasard ne se vendent jamais bien et nous achetons des machines à biner qui se trouvent 

toujours coûter très cher. Et nous sommes libres de protester, libres, infiniment 

libres, d'écrire de voter, de parler en public, pourvu que nous ne prenions jamais des 

mesures qui puissent changer tout cela. Nous sommes libres de nous agiter et de nous 

battre dans un univers d'ouate. On ne sait pas très bien où finit notre liberté, où finit 

notre nationalité, on ne sait pas très bien où finit ce qui est permis. C'est un univers 

élastique. On ne sait plus où l'on pose ses pieds, on ne sait même plus si l'on a des pieds, 

on se trouve tout léger, comme si l'on avait perdu son corps. Mais pour ceux qui 

consentent à cette simple ablation que d'infinies récompenses, quelle multitude de 

pourboires ! Cet univers qu'on fait briller à nos yeux est pareil à quelque palais 

d'Atlantide. Il y a partout des verroteries, des colonnes de faux marbre, des inscriptions, 

des fruits magiques. En entrant dans ce palais vous abdiquez votre pouvoir, en échange 

vous avez le droit de toucher les pommes d'or et de lire les inscriptions. Vous n'êtes plus 

rien, vous ne sentez plus le poids de votre corps, vous avez cessé d'être un homme : 

vous êtes un fidèle de la religion de l'Humanité. Au fond du sanctuaire est assis un 

dieu nègre. Vous avez tous les droits sauf de dire du mal du dieu. 

[...] 

Ils ont les mêmes droits que toi et tu leur feras place à ta table et ils 

entreront au conseil où ils t'apprendront ce que dit la conscience universelle que tu 

n'entends pas encore aussi bien qu'il faudrait. Et leurs fils seront des messieurs et ils 

seront établis juges sur tes fils, ils gouverneront ta ville et ils achèteront ton champ, car la 

conscience universelle leur donne expressément tous ces droits. Quant à toi, paysan, si 

tu fait des conciliabules avec tes camarades et si tu regrettes le temps où l'on ne voyait 

que des garçons du canton à la fête de la ville, sache que tu parles contre la conscience 

universelle et que la loi ne te protège pas contre cela." 

Car telle est, en vérité, la condition de l'homme après la déposition des patries. On 

soutient par pression les régimes qui ouvrent largement la cité à l'étranger. On exige que 

ces étrangers reçoivent les mêmes droits que les habitants du pays et on condamne 

solennellement toute tentative de discrimination. Puis on ne reconnaît pour régulière 

qu'une manière d'opiner purement numérique. Avec ce système, quelle cité ne sera pas, 

en un temps donné, soumise par une conquête pacifique, submergée par une occupation 

sans uniforme et offerte finalement au règne de l’étranger ?

Maurice Bardèche 

"Nuremberg ou la terre promise" 

1948

Non franchement faut l'avoir lu... 




23 commentaires:

  1. Je vous en prie, remettez le billet que vous avez supprimé!
    Orage

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  2. Pas facile de publier ce texte, mais quelle clairvoyance de la part de Maurice Bardèche! Là où des sots ne voient qu'un plaidoyer pour le national-socialisme, nous lisons une description exacte des maux qui nous atteignent 70 ans plus tard. Quoi de plus actuel que ces phrases tirées de votre extrait: "Nous sommes libres de nous agiter et de nous battre dans un univers d'ouate", "Tu leur feras place à la table et ils entreront au conseil". Nous n'avons juste à ajouter "à Callac" à cette dernière phrase pour avoir la nouvelle la plus affreuse de cette semaine.
    Quelques bonnes nouvelles malgré tout. Tout d'abord Amazon propose quelques exemplaires de ce Nuremberg. Ensuite vous n'êtes pas seul, Fredi, à apprécier ce texte si l'on en croit les commentaires sur ce livre sur Babelio.

    La Dive

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    1. Oui moi aussi je l'ai trouvé très actuel, c'est pourquoi, après avoir supprimé mon billet d'hier, j'ai décidé malgré tout de publier cet extrait.
      Bardèche s'interroge dans ce livre des conséquences de la guerre sur son pays et son avenir, et ce qu'il voit venir ne lui plaît pas du tout.
      Et nous vivons ce qu'il avait pressenti.

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    2. Maintenant force est de reconnaître qu'il avait l'antisémitisme chevillé au corps...
      Mais ce n'est pas ça que j'ai voulu retenir de lui.

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  3. Vous ne manquez pas de panache, cher Fredi ! Il vous sera donc beaucoup pardonné.
    Mais revenons à votre héros : Maurice Bardèche.
    On ne peut que vous accorder qu'il fait en 1948 un constat transposable de nos jours. Doit-on en déduire qu'il était donc justifié qu'il défende le régime nazi et fonde un mouvement négationniste en France ?
    Le livre que vous défendez est un plaidoyer, que vous le vouliez ou non, en faveur de l'Allemagne nazie qui aurait "peut-être" exterminé des millions de Juifs. Et c'est ce "peut-être" qui, à ce que j'ai compris lui a évité d'être fusillé comme on beau-frère Brasillach.
    Qu'on me comprenne bien, je souscris à l'idée que le Procès de Nuremberg était une condamnation des vaincus par les vainqueurs, et que ce qu'on a appelé : "l'Épuration" a été une ignominie supplémentaire dont nous n'avions pas besoin. Mais il n'en reste pas moins que j'ai l'intime conviction que ce livre a agi sur vous comme un poison distillé par un intellectuel de talent qui a réussi à vous subjuguer !
    Or pour lutter contre un poison quoi de mieux que des contre-poisons ?
    Je vous en propose deux. Le premier est un livre de Philippe de Villiers qui n'a pas, à ce jour, eu la notoriété qu'il méritait, ce sera à vous d'en juger. Il s'agit de : "J'ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu". Un livre incontournable pour tous les historiens qui, à l'avenir, voudront se pencher sur les origines de la construction de l'UE.
    Et le second contre-poison que je vous propose est un téléfilm de Arte de 2013 qui n'a été diffusé que deux fois entre 2013 et 2022, qui est encore visible sur Youtube, mais pour combien de temps ?

    https://www.youtube.com/watch?v=c7QuCeE-QyM

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    1. Merci pour les contre-poison... 😜

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    2. Je reste persuadé, comme vous l'avez vous-même indiqué, que rien d'autre que la qualité des prémonitions de ce qu'allait devenir l'Etat de droit à partir des concepts juridiques posés par le procès de Nuremberg n'a pu vous subjuguer dans ce texte ouvertement raciste, antisémite et négationniste. Je suis également persuadé, comme vous d'ailleurs, qu'il n'y a nul autre panache à faire mention de ce livre ou à en citer un passage que de reconstituer une généalogie possible de la notion d'Etat de droit.

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    3. que de reconstituer une généalogie possible de la notion d'Etat de droit.

      Oui mais ça ce n'est pas mon boulot de blogueur à la petite semaine...

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    4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. A quelques références près très marquées 'historiquement', les idées directrices sont quasiment celles exprimées par Renaud Camus concernant le "grand remplacement".

    Mes salutations respectueuses à monsieur le maire de Callac qui concrétise ce qui n'était qu'un fantasme d'esstrême-droite

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    1. les idées directrices sont quasiment celles exprimées par Renaud Camus concernant le "grand remplacement

      Exactement !

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  5. HORS SUJET
    Il y a quelques mois vous aviez signalé l'existence du site "Les Envahis". Il semble depuis ce soir être inaccessible depuis chez moi avec un message sibyllin, qu'en est-il chez vous ? .

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    1. en fait il aurait été suspendu
      par qui, pourquoi?


      tout va bien se passer ?

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    2. Ce n'est pas le seul site qui rencontre des problèmes d'actualisation, il y a un gros bug sur Blogger. Ça rentrera dans l'ordre d'ici quelques jours je pense....

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    3. Mais vous pouvez le retrouver en tapant le nom du site dans votre moteur de recherches.

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  6. Plus je relis votre extrait et les commentaires qui y sont attachés, plus je trouve que vous avez eu beaucoup de panache pour l'avoir publié.
    La Dive

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    1. Du panache pour ça...
      C'est dire...

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    2. Les commentaires -le mien en tout cas-, ne sont pas attachés à l'extrait cité mais au texte qui l'héberge. Lisez le texte en entier et demandez-vous quel panache avait la charge de la cavalerie polonaise contre une paire de chars allemand à Krojanty. Je redis ma certitude que l'extrait cité ici l'est -à mon sens- à des fins historiographiques : mentionner le caractère pionnier d'une partie d'un texte remontant à 1948. L'insistance à y voir une autre forme de panache qu'historique me paraît une mésinterprétation flagrante. Rattacher le jugement qui peut être porté aujourd'hui sur ce qu'est devenu l'Etat de droit au plaidoyer par contumace post Nuremberg (qui est l'essentiel de ce texte) et non aux quelques passages interrogeant les notions juridico-civilisationnelles qui y furent introduites me semble constituer une erreur dommageables à l'acuité et à la portée politique actuelles de ce jugement.

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    3. Peut-être qu'une histoire "drôle" me fera mieux comprendre. Dans les trachées italiennes lors de la Gande Guerre. Le capitaine harangue ses soldats tassés au fond de la tranchée se redressent brusquement frappés le flot patriotique qui se conclut par un vibrant "Per la Patria eterna". Le capitaine se dresse à demi hors de la tranchée, sabre au clair. Les soldats se mirent à applaudir en se tassant mollement au fond de la tranchée tandis que crépitaient les mitrailleuses ennemies (on dirait du JE non ?).
      - Bravo, bravo Capitan ! Ma c'est dangereux ce que vous faites-là !

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    4. On dirait du JE sauf pour les coquilles, des s en trop ou en moins (encore que...) et une science du récit inégalable.

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    5. Vous avez raison sur un point Léon, je dois bien le reconnaître : le livre parle essentiellement du procès de Nuremberg. Moi j'en ai retenu que les perles prophétiques qu'il contient.
      Refaire le procès de Nuremberg équivaudrait à rejouer le match... C'est pô possible...

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Lâchez-vous ! Mais en gens bien élevés tout de même...