mardi 29 mars 2022

La visite honteuse

 


En ces temps où la chasse n'a pas très bonne presse, aller visiter le musée qui lui est consacré à Paris relève presque du politiquement-incorrect. C'est pourtant ce que nous fîmes ma belle et moi ce week-end.

On entre là avec un vague sentiment de culpabilité, la tête dans les épaules, en espérant n'être reconnu de personne, un peu comme on le ferait à l'entrée d'un peep-show rue de la Gaité. De fait, cette accumulation d'animaux empaillés finit par créer un certain malaise. D'ailleurs je n'ai jamais partagé la passion de certains pour la taxidermie. Enfin voilà, c'est fait :









jeudi 24 mars 2022

Un détail de trois fois rien




Ainsi donc c'est le retour des beaux jours... En soi c'est plutôt une bonne nouvelle ! Il n'y a qu'un petit détail qui me chagrine, me chiffonne c'est le cas de le dire, un détail de trois fois rien : avec ces hausses de températures, je suis obligé de repasser mes chemises. L'hiver je les enfile ni vu ni connu toutes froissées sous mon gilet ; avec l'arrivée du printemps, sauf à s'en foutre royalement, ce n'est plus possible. 

Et je ne peux même pas compter sur ma belle, que le repassage horripile. #SANDRINE ROUSSEAU.

mardi 22 mars 2022

Aphorisme nocturne et désabusé


Ukraine : fallait pas élire Hanouna. 

samedi 19 mars 2022

L'artiste qui dort en moi

 

Aujourd'hui nous nous levâmes d'assez bonne heure ma belle et moi, je veux dire pour un samedi.

Il s'agissait d'honorer un cadeau que nos fistons nous avaient fait à Noël dernier, ce que nous ne pouvions faire sans la levée des restrictions sanitaires, à savoir participer à un atelier de dessin au Musée Cognacq-Jay. L'invitation précisait "samedi 19 mars, 10h01", ce qui était assez cocasse. Le cours durait trois heures et il nous fallait reproduire, à la pierre noire ou au crayon de papier, une lithographie en noir de Louis Boilly (moi non plus).

Je choisis la pierre noire, qui est douce et caressante sur le papier. 

Je ne dirai pas, en ces temps belliqueux, que l'exercice fut pour moi un supplice ou une torture, ce serait déplacé, inconvenant. Mais, s'il y a un artiste qui sommeille en moi, ces trois heures ne l'auront pas révélé : il dort encore profondément. Je fis les yeux trop en amande, les ombres aux mauvais endroits et, sous mon crayon, Johann Théodor Susemihl (moi non plus), notre sujet d'études, prit des traits efféminés, qu'il me pardonne.

Nous sortîmes à 13h01, pour être raccord avec l'invitation. Dire que j'étais soulagé est un exemple parfait d'euphémisme. Nous partîmes dans les rues encore fraîches du Marais à la recherche d'une terrasse ensoleillée. N'en trouvant pas, nous poussâmes jusqu'à Châtelet par la rue de Rivoli et trouvâmes notre bonheur à l'angle des quais et du Théâtre du Châtelet. Il y avait un peu d'animation sur la place, une sono diffusait des airs africains : une manifestation contre les violences policières commençait à prendre forme. Un manifestant passa avec un drapeau qui proclamait "Vive la commune !" suivi d'un autre qui affirmait "Refugees Welcome !". Nous avions commandé des moules-frites et du chardonnay et nous étions bien, face au soleil, avec devant nous la cathédrale en rénovation, quand soudain une dizaine de fourgons de CRS vinrent se garer le long du trottoir, bouchant notre horizon. 

Le printemps, c'est (lapalissade) le moment des éclosions comme je le disais hier encore, de toutes les éclosions et les manifestations n'échappent pas à la règle, même s'il est vrai qu'on y a droit un peu toute l'année. Je parle d'éclosions comme je pourrais parler de crises d'herpès ou d'urticaire, mais c'est moins poétique. En tout cas je suis à peu près certain que chaque quartier de Paris aujourd'hui devait avoir la sienne. Ce sont comme des répétitions en vue du joli mois de mai.

Après avoir pris congé de ma belle qui avait des achats à faire, je remontais Le Bd Saint-Michel. À la hauteur de la Sorbonne, il y avait de nouveau du bruit. En fait il s'agissait de quelques cadres de la macronie qui motivaient leurs jeunes troupes de "tracteurs". Je reconnus là Gilles Legendre, d'une blancheur cadavérique, Emanuelle Wargon, Avia, toute souriante, qui me fit penser à la vache qui rit, mais en noir (je ne suis pas certain de l'orthographe des blazes, mais ne comptez pas sur moi pour aller vérifier). Tracter sur le Boul'Mich et Saint-Germain-des-Prés quand on est à LaREM c'est un peu porter le fer en terrain conquis je trouve... Mais enfin, c'était somme toute assez compréhensible ce rendez-vous place de la Sorbonne : en les observant, je me fis la réflexion qu'ils avaient tous des airs de vieux soixante-huitards. Je suis sûr que dans leur pedigree, ils cochent tous la case UNEF puis la case "Parti Socialiste". Mais là encore je m'en contre-pignole et n'irai pas vérifier mes supputations. La macronie quoi qu'on en dise est bien le refuge des anciens de la rue de Solférino (la preuve : le PS officiel est à 2%), comme il tend à devenir celui des LR désabusés ; un attrape-mouches quoi, un gros machin qui ratisse du centre-droit au centre-gauche. Autrefois, avant la fusion toute honte bue, on appelait ça l'UMPS.

J'ai continué et mon Dieu qu'il est raide ce faux-plat qui monte jusqu'à Denfert. Il vous nique vos dernières énergies, comme ça, sournoisement, pas après pas. 

Devant La Closerie des Lilas il y en avait encore une autre de manifestation. Mais alors une micro-manifestation si on peut dire, 20-30 personnes, pas davantage et en comptant large, qui étaient là pour dire leur opposition à l'avortement. Un avorton de manifestation en somme, un embryon. Un vieux dans un mégaphone chantait un hymne à Marie. Je pris une photo. C'est alors qu'une jeune fille s'avança vers moi et me tendit un bout de papier. Comme je déclinais l'offre, elle me dit : "vous avez bien pris une photo, alors acceptez ça SVP". Je n'allais pas contrarier cette pauvre fille, engagée dans des combats perdus depuis longtemps, vestige malgré sa jeunesse d'une chrétienté vacillante.

Plus loin je lus ces mots sur le bout de papier en question :

"Ce qui autrefois était un crime est devenu la norme. Nos parents, nos grands-parents étaient-ils fous ?"

Qu'auriez-vous répondu à ça ? Que c'est le progrès peut-être, et que rien n'arrête le progrès. Ce qui est faisable sera fait. Aux chiottes l'éthique !

Enfin j'atteignis le Lion : j'étais quasi chez moi.


vendredi 18 mars 2022

Éclosions


Parc Montsouris, vendredi 18 mars. 

mardi 15 mars 2022

lapsus lectionis


Quand, chez Houellebecq, je tombe sur ce genre de phrase, "elle parla du travail de deuil, de l'énigme de la filiation", j'ai tendance à remplacer mentalement "filiation" par "fellation".

Mais c'est un peu de sa faute faut dire... 

dimanche 13 mars 2022

Sous l'œil des caméras

 

 

 

 

Alors évidemment tout allait beaucoup moins vite en ces temps-là...  Et encore ce n'est pas vraiment sûr : faire du 30K/h aujourd'hui dans Paris est une gageure, une limitation réglementée qui relève du superfétatoire... Les rues de Paris en tout cas devaient sentir bon le crottin. J'adore l'odeur du crottin, depuis vendredi soir j'ai la nostalgie de l'odeur du crottin... Du moins n'y avait-il pas comme aujourd'hui des caméras de surveillance à tous les carrefours et, pire, des caméras de vidéo-verbalisation, de celles qui sans doute vont me coûter mon permis ou, au minimum, gravement l'amputer, lui qui affiche encore fièrement, à l'heure où je tape ces mots, "12 points". Permis délivré il y a près de quarante ans par les autorités de Fort Desaix, Martinique. Permis à peine entaché d'une suspension temporaire de deux mois, il y a belle lurette, au sortir du Pied de Cochon, où une poire en avait appelé une autre, puis sa sœur, puis sa cousine, l'amie de la cousine, enfin vous voyez le topo...

En homme moderne j'avais mis Waze pour passer de la rive gauche à la rive droite. Waze connait mieux Paris que moi désormais ; cette ville m'est devenue incompréhensible... Je hais la rive droite, cet entrelacs de rues mesquines que la lumière du soleil ignore ou, au contraire, ces avenues orgueilleuses dont l'une ose se prétendre la plus belle du monde. Mais je hais par-dessus-tout ce piège à automobiliste qu'est devenu Paris dès qu'il a le malheur de tourner sa clef de contact. Il devient dès lors comme un insecte pris dans une toile d'araignée, une araignée vicieuse et malhonnête, sadique, perverse, qui, à coups de sens interdits aberrants, de lignes de bus qui soudainement passent du côté droit au centre de la chaussée, et donc de caméras, guette sa proie, ce déplorable qui ose encore se déplacer en véhicule à moteur à explosion quand il a pléthore de trottinettes à sa disposition.

Waze, pour parcourir ce labyrinthe, est un auxiliaire précieux, les pires dérives de la municipalité y sont régulièrement mises à jour, on peut lui faire confiance. Quand j'arrivais, par la rue Guy Moquet, pratiquement à destination, chez une vielle dame à qui j'avais à rendre service et qui habite rue Legendre, Paris 17ème, il m'assura que cette dernière se prenait bien sur ma droite comme une épingle à cheveux, un peu raide à négocier d'ailleurs. Alors pourquoi ne l'ai-je pas cru ? Pourquoi me suis-je malgré tout engagé sur cette avenue de Saint-Ouen en sens unique ? Et pourquoi, constatant mon erreur, ai-je aggravé mon cas en faisant un demi-tour périlleux pour me remettre dans le droit chemin ? Tout cela bien sûr sous le regard réprobateur d'une bonne demi-douzaine de caméras... 

Derrière l'écran il faut un homme assermenté pour constater l'infraction. C'est la loi.

Ne me reste plus qu'à attendre. Attendre et espérer que l'homme "assermenté" prenait le pot de fin de semaine avec ses collègues en attendant la relève de la nuit.

Mais je me suis laissé dire que l'on buvait beaucoup moins dans la police dorénavant…

jeudi 10 mars 2022

Les adieux sur un quai de gare

 


 On s'est aimé comme on se quitte

Tout simplement sans penser à demain
À demain qui vient toujours un peu trop vite
Aux adieux qui quelquefois se passent un peu trop bien

Je l'ai déjà dit ailleurs, un autre jour, quand je termine un livre de Houellebecq j'éprouve une sensation de manque. C'est ce qui c'est inévitablement produit après avoir refermé "anéantir". J'ai donc retrouvé dans ce qui me sert de bibliothèque "Sérotonine", livre à peu près, en tout cas suffisamment, oublié de ma mémoire. Toutefois je me souvenais d'un passage qui avait eu le don de m'émouvoir. Mon côté fleur-bleue sans doute... D'ailleurs à ce propos il m'arrive de penser que j'ai raté ma vocation : j'aurais dû être écrivain. Un écrivain de romans de gares, de ces livres que les jeunes filles achètent pour faire paraître moins long le voyage. Je crois que j'aurais excellé dans ce domaine, que j'aurais fait de l'ombre à Marc Lévy et autres Musso (des auteurs injustement snobés mais leurs comptes en banque s'en foutent, et Musso est invité à "La Grande Librairie", c'est dire). Et puis quoi ! Qui y'a-t-il de plus gratifiant que de faire passer un bon moment à une femme, je vous le demande ? 
Voici le passage en question:

La dernière photo que j'ai de Kate doit être quelque part dans mon ordinateur mais je n'ai pas besoin de l'allumer pour m'en souvenir, il me suffit de fermer les yeux. Nous venions de passer les fêtes de Noël chez elle, enfin chez ses parents, ce n'était pas Copenhague, le nom de la ville m'échappe, quoi qu'il en soit j'avais eu envie de revenir en France lentement, par le train, le début du voyage était étrange, le train filait à la surface de la mer Baltique, deux mètres seulement nous séparaient de la surface grise des eaux, parfois une vague plus forte que les autres venait frapper les hublots de notre habitacle, nous étions seuls dans la rame au milieu de deux immensités abstraites, le ciel et la mer, je n'avais jamais été aussi heureux de ma vie et probablement est-ce que ma vie aurait dû s'arrêter là, une lame de fond, la mer Baltique, nos corps définitivement mêlés, mais ceci ne se produisit pas, le train atteignit sa gare de destination (était-ce Rostock ou Stralsund ?), Kate avait décidé de m'accompagner quelques jours, sa rentrée universitaire commençait le lendemain mais elle allait s'arranger. 
La dernière photo que j'ai de kate est prise dans le parc du château de Scherin, petite ville allemande, capitale du land de  Mecklembourg-Poméranie Occidentale, et les allées du parc sont recouvertes d'une neige épaisse, au loin on aperçoit les tourelles du château. Kate se retourne vers moi et me sourit, j'ai probablement dû lui crier de se retourner pour que je la prenne en photo, elle me regarde et son regard et plein d'amour, mais aussi d'indulgence et de tristesse parce qu'elle a probablement déjà compris que je vais la trahir, et que l'histoire va se terminer.
Le même soir nous avons dîné dans une brasserie de Schwerin, je me souviens du serveur, quadragénaire maigre, nerveux et malheureux, probablement ému par notre jeunesse et par l'amour qui irradiait de notre couple et à vrai dire surtout  d'elle, le serveur qui avait carrément interrompu son service, les assiettes une fois posées, pour se tourner vers moi (enfin vers nous deux mais surtout vers moi, il devait avoir senti que j'étais le maillon faible) pour me dire en français (il devait être français lui-même, comment un Français avait-il pu se retrouver serveur dans une brasserie de Schwerin, la vie des gens est un mystère), enfin pour me dire avec une gravité inhabituelle, sacrée : "Restez comme ça tous les deux. Je vous en prie, rester comme ça."
Nous aurions pu sauver le monde, et nous aurions pu sauver le monde en un clin d'œil, in einem Augenblick, mais nous ne l'avons pas fait, enfin je ne l'ai pas fait, et l'amour n'a pas triomphé, j'ai trahi l'amour et souvent quand je n'arrive plus à dormir c'est-à-dire à peu près toutes les nuits je réentends dans ma pauvre tête le message de son répondeur, "Hello this is Kate leave me a message" , et sa voix était si fraîche, c'était comme plonger sous une cascade à la fin d'une poussiéreuse après-midi d'été, on se sentait aussitôt lavé de toute souillure, de toute déréliction et de tout mal.
Les dernières secondes eurent lieu à Francfort, dans la gare centrale, la Frankfurter Hauptbahnhof, elle devait cette fois vraiment rentrer à Copenhague, ses obligations universitaires elle avait quand même exagéré, enfin elle ne pouvait en aucun cas m'accompagner à Paris, je me revois debout à la portière du train, et elle sur le quai, on avait baisé toute la nuit et jusqu'à onze heures du matin jusqu'à ce qu'il soit vraiment l'heure d'aller à la gare, elle m'avait baisé et sucé jusqu'à la limite de ses forces et ses forces étaient grandes moi aussi à l'époque je rebandais facilement enfin à vrai dire la question n'est pas là, elle n'est pas essentiellement là, elle est surtout que Kate, à un moment donné, debout sur le quai, s'est mise à pleurer, pas vraiment à pleurer, quelques larmes ont coulé sur son visage, elle me regardait, elle m'a regardé pendant plus d'une minute, jusqu'au départ du train, son regard n'a pas quitté le mien une seule seconde et à un moment donné, malgré elle, des larmes se sont mises à couler, et je n'ai pas bougé, je n'ai pas sauté sur le quai, j'ai attendu que les portes se referment.
Pour cela je mérite la mort, et même des châtiments beaucoup plus graves, je ne peux pas me le dissimuler : je terminerai ma vie malheureux, acariâtre et seul, et je l'aurai mérité. Comment un homme, l'ayant connue, pouvait-il se détourner de kate ? C'est incompréhensible. J'ai fini par l'appeler, après avoir laissé je ne sais combien de ses messages sans réponse, et tout ça pour une immonde Brésilienne qui allait m'oublier dès le lendemain de son retour à Sao Paulo, j'ai appelé kate et je l'ai appelé exactement trop tard, le lendemain elle partait en Ouganda, elle s'était engagée dans une mission humanitaire, les Occidentaux l'avaient déçue forcément, mais moi en particulier.

mercredi 9 mars 2022

Paranoïaques



La folie, en dernier ressort, est l'argument massue pour disqualifier l'adversaire. Ainsi les Français sont paranoïaques quand ils croient voir leur grand-remplacement. À Plieux on guette les sirènes de l'ambulance qui viendra passer la camisole de force à celui qui a théorisé la chose.

Plus à l'est on découvre ces jours-ci un autre grand malade, un homme qui fait des cauchemars quand il songe à tous ces missiles braqués vers son pays. Il serait réfugié dans un bunker, une pillule à portée de main, atteint comme son illustre prédécesseur germanique d'un léger parkinson, prêt à caresser une dernière fois ce qu'il reste de têtes blondes disposées à mourir pour l'éternelle Russie.

À Cuba en 62 c'était très différent. Pas de folie chez Kennedy, pas de paranoïa ; juste un homme sain de corps et d'esprit qui se battait pour le monde libre, et protégeait son territoire.

La folie est à géométrie variable ...

mardi 8 mars 2022

La panne

 

Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Deux publications que je retire en l'espace de quelques jours...

C'est la panne quoi.

Et quand c'est la panne, il ne faut pas forcer le désir : il faut attendre qu'il revienne.

Ou pas.

mercredi 2 mars 2022

Du sordide dans le tragique

 J'avais, moi aussi, été frappé il y a quelques jours que le seul témoignage de Français bloqués à Kiev fut celui d'un couple, en l'occurrence un couple de lesbiennes venues en Ukraine prendre "livraison" de leur commande, à savoir un bébé, "leur bébé" osaient-elles dire, qui s'apprêtait à naître après neuf mois de gestation dans le ventre acheté (loué) à une femme probablement déshéritée pour en être arrivée à ce sordide marchandage. J'en avais ressenti un profond dégoût quand, la présentatrice en plateau, conclue l'interview par un "merci pour cette belle histoire". Une belle histoire ? Vraiment ?

Les valeurs de l'Europe, cette Europe cul par-dessus tête, c'est l'avortement légal jusqu'à 14 semaines et bien davantage en cas de "détresse psychologique", le commerce des ventres de femmes paupérisées, et ces "valeurs" n'ont rien de désirables. Elles ont, au contraire, tout de valeurs nauséabondes, putrides et inversées qui ne sauraient raconter "de belles histoires".

J'avais eu envie d'en faire un billet puis y avais renoncé. Mais, ce matin, Le Figaro publie la tribune qui suit, tribune à laquelle je souscris entièrement. Elle dit clairement ce qu'est la GPA : une autre forme d'esclavagisme, d'odieuse exploitation.

 

 

Marché de la GPA en Ukraine: «L'égoïste inquiétude des clients occidentaux face à la détresse des mères porteuses»

«Les cliniques de GPA ukrainiennes s'acharnent à continuer leur business.»
«Les cliniques de GPA ukrainiennes s'acharnent à continuer leur business.»

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que la guerre s'intensifie en Ukraine, des couples français s'épanchent dans la presse sur leur inquiétude à pouvoir mener à bien leur projet de GPA en Ukraine. La journaliste et essayiste, Céline Revel-Dumas, dénonce l'indécence de ces revendications.

Formée en histoire et en philosophie et diplômée de l'Essec, Céline Revel-Dumas est journaliste. Elle est l'auteure de GPA, Le Grand Bluff paru le 16 septembre aux Éditions du Cerf.



La guerre est si monstrueuse qu'elle jette à la face des hommes ce qu'ils supportent le moins du monde : la vérité. Ce week-end, contre toute attente, la gestation pour autrui a révélé son véritable visage. Celui d'un opportunisme commercial insensé satisfait par un égoïsme aveugle. Alors que le monde voit le peuple ukrainien résister contre l'envahisseur russe, que Kiev est assiégée par les chars, que des civils fuient ou s'enterrent dans des abris de fortune, deux femmes françaises bloquées en Ukraine et attendant la naissance d'enfants nés de GPA apparaissent, elles, tout sourire sur BFMTV et LCI. Leur «gros problème», selon leurs mots : «Toutes les administrations fonctionnent au ralenti, voir pas du tout», déclare l'une d'elles. Les deux femmes en appellent au gouvernement français pour être rapatriées avec «leur bébé», le plus vite possible. Les deux femmes pensent «à tous les Français, à toutes mamans et tous les papas qui sont eux en France et qui vont avoir leur naissance dans quelques jours (…) et qui ne pourront pas récupérer leur bébé». Alors même que l'armée russe sème la mort, ces deux Françaises pensent aux couples qui ne pourront pas récupérer l'enfant prévu. Indécence.

 En Ukraine, la GPA apparaît dans sa noirceur la plus crasse. Celle des regards rétrécis d'Occidentaux refusant de voir au-delà de leur désir personnel, encouragés par l'appât du gain à toute épreuve d'une industrie avide. Pas un mot, pas une phrase pour ces «mères porteuses» dont on ne souhaite la survie provisoire que pour qu'elles livrent leur lot, et qui pourront ensuite retourner à leur sort, plus tragique encore que celui de l'indigence financière qui les a poussées à porter un enfant pour d'autres afin de nourrir les leurs.

L'une des fulgurances dont était capable Oscar Wilde décrit ce pire à l'œuvre : «Il n'y a que deux tragédies dans la vie : l'une est de ne pas avoir ce que l'on désire ; l'autre est de l'obtenir». Le coup du sort qui frappe les couples infertiles n'a pour sauf-conduit que la violence qu'ils infligent à ces femmes abandonnées à leur misère et leur angoisse et les enfants qui naîtront dans le bruit des bombes. Peu importent ces femmes, prêtes à tout pour survivre. Peu importe leur suivi médical dans un pays qui privilégie désormais la médecine de guerre. Peu importe la terreur dès lors que leur corps répond à la marche forcée des inséminations. Peu importe l'inconfort, le froid glacial, dès lors que leur utérus tient au chaud l'embryon acheté.

Il est deux sortes de barbarie. Celle qui arrache l'individu à une identité collective et le défait de ce qu'il porte d'appartenance à un commun sculpté par un esprit, une histoire, des souvenirs et ce «désir de continuer ensemble» cher à Ernest Renan. L'Ukraine s'épuise à batailler pour cela. L'autre barbarie est d'ôter à l'être humain son intégrité. L'étymologie latine nous apporte un éclairage essentiel. Integritas c'est «l'état d'être intact», de préserver une «totalité». La gestation pour autrui, plus encore en Ukraine, et plus encore à cette heure, ne permet en aucun cas un tel état d'être. L'intégrité psychologique de ces «mères porteuses» ne peut être assurée tant leur situation économique interdit tout libre arbitre réel. Rappelons également ici que les «mères porteuses» qui souhaitent garder l'enfant qu'elles ont mis au monde se voient opposer un contrat qu'elles ont signé de leur main quelques mois plus tôt.

Plus encore, c'est leur intégrité physique qui est anéantie. Nous pouvons le résumer ainsi : ces jeunes femmes ne disposent plus de leur propre corps. Peu de cas est fait, par exemple, des injections d'hormones à haute dose qu'elles doivent subir pour supporter un embryon qui n'a aucun lien génétique avec elles. Une fois enceintes, elles sont habituellement réunies à plusieurs dans un appartement, loin de leurs villes natales, surveillées par un superviseur qui les contraint à respecter des horaires stricts. L'une d'elles, Alina, rapportait à une journaliste[1] : «Si nous n'étions pas de retour avant quatre heures de l'après-midi, nous pouvions recevoir une amende de 100 dollars». C'est sans compter les amendes qui sanctionnent la moindre plainte à l'encontre de la clinique ou des médecins. Dans une interview au journal El Pais[2], Maria rapportait le calvaire traversé lors de sa grossesse pour autrui. Parlons crûment. La jeune femme saigne intensément. La clinique ne réagit pas. Devant l'intensité des saignements, elle est finalement examinée : «L'hôpital m'a dit que le fœtus était mort depuis deux semaines. La clinique ne m'a donné que 300 euros. J'ai mis deux mois à m'en remettre. C'est très dur et très triste». De telles situations sont loin d'être exceptionnelles. En Ukraine, plusieurs de ces femmes déclarent régulièrement être considérées comme du «bétail».

 

SOURCE