dimanche 2 octobre 2022

Car j'ai vu trop souvent la pitié s'égarer


Samedi 24 septembre, une femme de 40 ans a été frappée et violée par plusieurs hommes près des Nefs, sur l'île de Nantes. Les personnes présumées coupables de ce viol collectif sont des Soudanais. Ce qui attise depuis des discours anti migrants.

Ses agresseurs présumés ont été mis en examen et incarcérés. Quelques jours après les faits, la victime, par la voix de son avocate, a décidé "de sortir d’un silence auquel elle aspire" pour exprimer sa "consternation" face au discours anti migrants qui circule depuis. 

"Au choc de l’agression vient pour elle s’ajouter la consternation de ce que certain.e.s s’approprient les faits dont elle a été victime pour stigmatiser les migrants et les désigner comme responsables premiers de l’insécurité qui règnerait dans notre pays en général et à Nantes en particulier" écrit l'avocate nantaise Anne Bouillon.

"Elle clame son attachement profond et indéfectible aux valeurs humanistes que sont l’accueil de celles et ceux qui cherchent refuge et l’ouverture aux autres. Ce qu’elle a subi et qui l’a perpétré n’y change rien", précise maître Anne Bouillon, précisant que sa cliente "rejette l’amalgame facile et erroné fait entre immigration et délinquance. Elle rappelle que les violences sexuelles et sexistes existent en tous lieux, en tous temps, en tous milieux et par des hommes de toutes origines qui partagent en commun de se sentir autorisés à agresser des femmes".

"Ce qu’elle a subi, comme tant d’autres, n’est rien de plus que de la violence exercée par des hommes sur des femmes", conclut l'avocate.

 

Bizarreries russes, redif




Au mois de mai dernier je publiais le billet qui suit. Nous sommes en octobre, et il me semble encore plus d'actualité, à l'heure où la légendaire armée rouge recule de partout. 

Je ne voudrais pas me faire le relais d'une propagande ou d'une autre, mais force est de constater que ça patine sérieusement côté Russes. 

Là-bas comme ici, le goût pour la guerre, l'envie de mourir pour une cause qui nous dépasse, a déserté les consciences. Subrepticement, les ravages de l'individualisme, sur la place Rouge comme sur les quais de la Seine, sous les radars des dirigeants de ce pays que l'on croyait hermétique à tout soft- power amerloque, font que la guerre n'est plus qu'une affaire de vieux croulants, nostalgiques et dépassés, qui ne peuvent plus la faire, et que la jeunesse veut éviter à tout prix. Et tant pis si la cause est honorable, digne d'intérêt : le russe veut être un abonné à Netflix comme un autre, mondialisé, vacances à Saint-Tropez !  

Je ne veux pas  me faire le relais d'une propagande ou d'une autre, disais-je, mais le sentiment nationaliste, patriotique, sauf surprise de dernière minute, est aujourd'hui en Ukraine, fait bâiller dans sa datcha le Russe moyen qui cherche, sur son smartphone, la meilleure façon d'échapper à la Bérézina.

Après 14, la France décimée, n'aspirait plus qu'à une chose : la paix. Elle a eu la débâcle de juin 40. 

Après Stalingrad, l'Afghanistan, la Tchétchénie, les Russes pensent qu'ils ont assez donné pour la Sainte Russie.

La guerre, chez eux aussi, est passée de mode. 

Pour gagner une guerre, il faut l'adhésion totale et inconditionnelle aux raisons pour lesquelles on l'a déclenchée. Il faut le soutien indéfectible de tout un peuple. C'est ce qui semble faire cruellement défaut à Vladimir Poutine. Comme à nous en 40.

 C'est ce que je n'avais pas perçu au mois de mai dernier,  que personne ne pouvait envisager, et qui explique la possible défaite à venir de celui qui se rêvait le tsar de toutes les Russies : la guerre ne fait plus recette. 

Le billet en question :


Les Russes sont étonnants. Nous leur devons, quoi qu'on en dise, la victoire sur le nazisme. Avec la chienne Laïka ils furent les premiers à envoyer en orbite un être vivant. L'ancêtre de l'actuelle Station Spatiale Internationale est la station Mir, russe elle aussi.

Pourtant, au 21e siècle, sur le plancher des vaches, ils semblent combattre avec de vieilles pétoires du début du 20e, un arsenal dérisoire et dépassé, vulnérable au moindre drone commandé par un geek boutonneux. 

Qu'est donc devenue l'intelligence russe ? Où est passé son savoir-faire ? 

C'est la question que l'on peut se poser quand on suit les échos de cette guerre sur les chaînes d'informations... 

mercredi 28 septembre 2022

Fin de pause


 Pas de pause finalement. Pourquoi devrais-je en faire une ? En raison d'un commentateur psychorigide ? 

Pas question !

mardi 27 septembre 2022

Le salut par les femmes *

 

 

 

Les événements qui se déroulent actuellement en Iran, me replongent dans un lointain passé, que j'avais déjà évoqué dans l'un de mes premiers blogs, m'offrent l'occasion de me souvenir de Bany.

C'était au début des années 80, et je l'avais rencontrée pour la première fois dans un bar-boîte-de-nuit délicieusement glauque du quartier Montparnasse-Vavin, tenu par un vieil américain, où elle s'était trouvé un petit boulot de serveuse.

Bany n'était pas son véritable prénom bien sûr, mais le diminutif du sien, imprononçable à nos oreilles occidentales. Mais bannie, elle l'était vraiment. Sa famille, qui était au service du chah d’Iran, fut contrainte à l'exil, se retrouva éparpillée aux quatre coins du monde. Elle, pour des raisons que j'ai oubliées, se retrouva à Paris, trouva refuge dans un petit studio étudiant de Meudon (oui, là, derrière la pharmacie, au pied de la côte qui monte à l'observatoire).

Elle était là, derrière le comptoir, le regard triste, ailleurs. J'ai tenté d'engager la conversation mais tout de suite elle m'a coupé la parole d'un geste et d'un mot : "vous perdez votre temps". J’ai joué les offusqués, "pardon mais je ne suis pas celui que vous croyez, je voulais juste discuter". Il faut croire qu'il y avait dans ma protestation un accent de sincérité... 

J'ai souvent pris le train de Montparnasse à Meudon, voir une autre belle qui venait d'ailleurs. Elle se revendiquait Perse, pas du tout musulmane, de religion Zoroastrienne. L'Islam en Iran était pour elle un fâcheux accident, une défaite. Elle possédait une grande culture, savait tout de la musique et de la peinture, qu'elle pratiquait, avait un faible pour le Bordeaux (point commun que je partageais volontiers). J'ai vécu avec elle des moments d'érotisme inégalés. Elle me préparait des petits plats de chez elle puis, au milieu du repas, esquissait une danse orientale avant de servir la suite. Nous tombions la deuxième bouteille de Bordeaux. Et c'était le dessert. Alors elle mettait une musique douce, câline, et nous allions, dans cet espace si réduit, danser. Un à un nous enlevions nos vêtements, jusqu'à nous retrouver nus, dansant un slow inoubliable, inoublié, qui se finissait toujours à l'horizontale. Puis nous partions respirer dans les rues de Meudon : un détour par la petite chapelle orthodoxe, puis la côte qui monte à l'observatoire et son parc si romantique, avec sa vue de Paris, côte qui nique les jambes. La journée finissait. Bientôt elle me raccompagnerait à la gare RER.

Plus je la voyais plus j'étais amoureux. La passade devenait envahissante, obsédante. Je vivais un moment d'indécision, de flottement, de ces moments cruels qui nous laissent désemparés, hantent nos jours et nos nuits. 

Un jour Bany est partie.

Elle avait bénéficié d'une sorte de "regroupement familial", avait enfin décroché un visa, et s'envolait demain pour le Canada.

Cette nouvelle fut un déchirement et un soulagement pour moi : j'étais incapable d'aimer deux femmes en même temps, et il m'aurait fallu un jour décider. J'ai souvent laissé la vie décider pour moi, je le dois à ma nature contemplative et rêveuse. Et sans doute a-t-elle bien fait ce jour où je n'ai pas protesté. Je ne le saurai jamais.

Longtemps l’automne, la saison où je l'ai rencontrée, fut une saison où bien après  son départ, Bany venait me visiter en rêves, quand je croyais l'avoir oubliée. Me prenait alors une irrépressible envie de "monter" à Meudon, marcher seul le long des routes où nous allions auparavant. Jusqu'à ce qu'elle s'efface de ma mémoire. 

Ce qui se passe en Perse actuellement me ramène à son souvenir.


*Sauf Sandrine Rousseau bien entendu...

dimanche 25 septembre 2022

Sauvagerie ordinaire

 Ces images sont insoutenables, hideuses.

En les regardant, si vous en avez le courage, vous aurez comme moi une irrépressible envie de vomir.

Le jeune homme qui gît au sol, massacré, piétiné, sous les ricanements, peut-être déjà dans le coma, aurait pu être mon fils, le vôtre.

Et c'est cette barbarie que d'aucuns entendent répandre jusqu'aux coins encore paisibles de France, là où l'on ne voit jamais une patrouille de police ou de gendarmerie car c'est encore inutile, là où l'on s'absente de chez soi en laissant les portes grandes ouvertes car on a encore l'assurance que l'on ne risque rien.

Ceux qui nous proposent ça, du sommet de l'état à Perico Legasse, les amis du désastre comme le dit justement Renaud Camus, les saboteurs, comme je le dis plus simplement, sont soit des criminels ou des fous, peut-être les deux. L'idée n'en est pas moins odieuse. Un lopin de terre pour ces barbares ? Vraiment ? À part y faire pousser du chanvre qu'en feraient-ils ?

C'est de notre devoir urgent de s'opposer de toutes les façons possibles à cela, nous sommes ici chez nous et nos enfants ont droit à l'avenir et à la sécurité sur la terre de leurs pères.

 

 

La chanson du dimanche

 

"Je Suis Sous", Claude Nougaro, 1964 (votre serviteur avait trois ans) :

 

samedi 24 septembre 2022

mercredi 21 septembre 2022

Le droit de réponse de Perico Legasse

 


 

 Suite à son intervention sur un plateau télé, j'avais adressé par mail à M. Perico Legasse le lien VERS LE BILLET QUE JE LUI AVAIS CONSACRÉ.

Je reçois aujourd'hui la réponse qu'il a pris la peine de me faire et que voici :

 

Mes propos ont été très mal interprétés ou c’est moi qui n’ai pas été  clair. L’idée serait de proposer à des étrangers souhaitant s’intégrer en France, et à ceux là seulement,  la possibilité de s’installer dans des territoires ruraux qui se meurent afin d’y développer, en accord avec les habitants et les élus, une agriculture durable et rentable dans le cadre d’un vaste programme national de réhabilitation des campagnes abandonnées. Il ne s’agit pas de parachuter des migrants qui prendraient la place des Français, ce projet serait odieux, mais au contraire de redynamiser des secteurs de la « France périphérique » abandonnés. Si des gens veulent faire de la France leur nouvelle patrie en contribuant à la renaissance de campagnes frappées par l’exode ou le désespoir, pourquoi ne pas tenter l’expérience. Nos agriculteurs sont souvent les grands perdants, voire les victimes de la mondialisation sauvage, ce serait formidable d’inverser le processus de ce fléau pour leur venir en aide. Cueillettes et vendanges ne se font bien souvent que grâce à de la main d’œuvre étrangère. Si certains d’entre eux veulent pousser l’expérience plus loin, pourquoi ne pas leur ouvrir certaines portes. Je n’ai suggéré autre chose. Je côtoie en permanence, sur le terrain, la détresse de nos paysans accablés, loin de moi la volonté d’aggraver leur malheur, bien au contraire.

 

Dont acte, même si je ne peux m'empêcher de trouver la nuance pour le moins très subtile...

 


lundi 19 septembre 2022

Nuremberg ou la terre promise

 



Cette mise en garde permanente nous prépare une forme de vie politique que 

nous ne devons pas ignorer et que d'ailleurs trois ans d'expérience continentale ne nous 

permettent pas d'ignorer. La condamnation du parti national-socialiste va beaucoup plus 

loin qu'elle n'en a l'air. Elle atteint, en réalité, toutes les formes solides, toutes les formes 

géologiques de la vie politique. Toute nation, tout parti qui se souviennent du sol, de la 

tradition, du métier, de la race sont suspects. Quiconque se réclame du droit du premier 

occupant et atteste des choses aussi évidentes que la propriété de la cité offense une 

morale universelle qui nie le droit des peuples à rédiger leurs lois. Ce n'est pas les 

Allemands seulement, c'est nous tous qui sommes dépossédés. Nul n'a plus le droit de 

s'asseoir dans son champ et de dire : "Cette terre est à moi". Nul n'a plus le droit de se 

lever dans la cité et de dire : "Nous sommes les anciens, nous avons bâti les maisons de 

cette ville, que celui qui ne veut pas obéir aux lois sorte de chez moi". Il est écrit 

maintenant qu'un concile d'êtres impalpables a le pouvoir de connaître ce qui se passe 

dans nos maisons et dans nos villes. Crimes contre l’humanité : cette loi est bonne, 

celle-ci n'est pas bonne. La civilisation a un droit de veto. 

Nous vivions jusqu'ici dans un univers solide dont les générations avaient déposé 

l'une après l'autre les stratifications. Tout était clair : le père était le père, la loi était la loi, l'étranger était l'étranger. On avait le droit de dire que la loi était dure, mais elle était la 

loi. Aujourd'hui ces bases certaines de la vie politique sont frappées d'anathème. Car ces 

vérités constituent le programme d'un parti raciste condamné au tribunal de l'humanité. 

En échange, l'étranger nous recommande un univers selon ses rêves. Il n'y a plus de 

frontières, il n'y a plus de cités. D'un bout à l'autre du continent, les lois sont les mêmes, 

et aussi les passeports, et aussi les juges, et aussi les monnaies. Une seule police et un 

seul cerveau : le sénateur du Milwaukee inspecte et décide. Moyennant quoi, le 

commerce est libre, enfin le commerce est libre. Nous plantons des carottes qui par 

hasard ne se vendent jamais bien et nous achetons des machines à biner qui se trouvent 

toujours coûter très cher. Et nous sommes libres de protester, libres, infiniment 

libres, d'écrire de voter, de parler en public, pourvu que nous ne prenions jamais des 

mesures qui puissent changer tout cela. Nous sommes libres de nous agiter et de nous 

battre dans un univers d'ouate. On ne sait pas très bien où finit notre liberté, où finit 

notre nationalité, on ne sait pas très bien où finit ce qui est permis. C'est un univers 

élastique. On ne sait plus où l'on pose ses pieds, on ne sait même plus si l'on a des pieds, 

on se trouve tout léger, comme si l'on avait perdu son corps. Mais pour ceux qui 

consentent à cette simple ablation que d'infinies récompenses, quelle multitude de 

pourboires ! Cet univers qu'on fait briller à nos yeux est pareil à quelque palais 

d'Atlantide. Il y a partout des verroteries, des colonnes de faux marbre, des inscriptions, 

des fruits magiques. En entrant dans ce palais vous abdiquez votre pouvoir, en échange 

vous avez le droit de toucher les pommes d'or et de lire les inscriptions. Vous n'êtes plus 

rien, vous ne sentez plus le poids de votre corps, vous avez cessé d'être un homme : 

vous êtes un fidèle de la religion de l'Humanité. Au fond du sanctuaire est assis un 

dieu nègre. Vous avez tous les droits sauf de dire du mal du dieu. 

[...] 

Ils ont les mêmes droits que toi et tu leur feras place à ta table et ils 

entreront au conseil où ils t'apprendront ce que dit la conscience universelle que tu 

n'entends pas encore aussi bien qu'il faudrait. Et leurs fils seront des messieurs et ils 

seront établis juges sur tes fils, ils gouverneront ta ville et ils achèteront ton champ, car la 

conscience universelle leur donne expressément tous ces droits. Quant à toi, paysan, si 

tu fait des conciliabules avec tes camarades et si tu regrettes le temps où l'on ne voyait 

que des garçons du canton à la fête de la ville, sache que tu parles contre la conscience 

universelle et que la loi ne te protège pas contre cela." 

Car telle est, en vérité, la condition de l'homme après la déposition des patries. On 

soutient par pression les régimes qui ouvrent largement la cité à l'étranger. On exige que 

ces étrangers reçoivent les mêmes droits que les habitants du pays et on condamne 

solennellement toute tentative de discrimination. Puis on ne reconnaît pour régulière 

qu'une manière d'opiner purement numérique. Avec ce système, quelle cité ne sera pas, 

en un temps donné, soumise par une conquête pacifique, submergée par une occupation 

sans uniforme et offerte finalement au règne de l’étranger ?

Maurice Bardèche 

"Nuremberg ou la terre promise" 

1948

Non franchement faut l'avoir lu... 




dimanche 18 septembre 2022

Message de service


Devant l'incompréhension générale, l'envie de retirer ce billet me taraude...
II y a décidément trop de sujets sensibles, trop de livres définitivement proscrits, maudits pour l'éternité.
Pourtant, je reste convaincu que celui dont il est question dans ce billet a un intérêt historique.


C'est fait... 

samedi 17 septembre 2022

PERICO LEGASSE

 


 

Le martyr de notre pays n'en finira donc jamais...

J'avais beaucoup d'estime pour cet homme, son engagement pour la ruralité, la défense des terroirs et leurs produits de qualité.

Mais ça c'était avant. Avant cette prise de parole qui m'a laissé incrédule, désabusé ; révolté :



Ainsi donc après le massacre, commencé avec Jacques Chirac, de notre paysannerie, le remembrement, les faillites des petites exploitations, les pendaisons par centaines de nos agriculteurs, il conviendrait d'allouer aujourd'hui à des migrants "un petit lopin de terre" avec, cerise sur le gâteau, "un accompagnement social" dont nos paysans, avant la corde, n'ont jamais bénéficié, et ce pour revivifier nos campagnes...

Mais qu'avons-nous fait grands dieux pour mériter tels châtiments, tels acharnements !!!???

Oui, c'est bien la folie qui gouverne notre pays, et nous n'en voyons pas la fin. La France est son terrain de jeu où elle se livre débridée aux plus hasardeuses des expérimentations.

Merde !

Chanson pour Callac

 

 

mardi 13 septembre 2022

Bouffer de la reine


 


Je ne voudrais pas commettre un crime de lèse-majesté, mais franchement la mort d'Elisabeth II je m'en fous royalement.

Je ne comprendrai jamais ceux qui se passionnent pour ce genre d'événement : " l'avion vient de décoller d'Édimbourg et monte vers les cieux qu'elle rejoindra bientôt" ; elle est passée par ici et repassera par là ; le cortège avance doucement en respectant scrupuleusement la signalisation ; il est attendu ici d'ici quinze à vingt minutes, selon la circulation. Spectacle nul, archi-nul. Je ne suis pas loin de rejoindre le camarade Mélenchon : bouffer de la reine pendant dix jours c'est indigeste. Plus indigeste encore est ce vain peuple larmoyant, agglutiné sur le parcours, attendri, attristé, quand la plupart du temps il regarde crever son voisin sans aucune compassion. Cette passion pour le sort des puissants est à gerber. Il me détecte, me dégoûte ce peuple. J'ai envie... j'ai envie de lui pisser à la raie, il ne mérite pas mieux.

En attendant, royauté ou pas, l'Angleterre ne ressemble plus à rien. L'Angleterre s'effondre sous le poids de son multiculturalisme choisi. Il n'y a plus que Paris-Match pour feindre de croire que les royautés représentent quelque chose... 

Et les fastes de ces jours-ci n'y changeront rien.

Great Britain no for example 

dimanche 11 septembre 2022

La France est un chef-d'œuvre



J'ai quitté il y a quelques jours mon bas-Vivarais adoré. J'en ai d'ailleurs fait un cliché sous le présent billet. Ce bas-Vivarais est un exemple d'harmonie entre l'homme, son habitat et la nature, même si, pour satisfaire aux lois scélérates dites SRU, on a tendance à y construire de plus en plus de l'habitat bas de gamme en périphérie de ses villages historiques.

Là, je fais escale dans la maison de fiston à une poignée de kilomètres de Vézelay, au pied du Morvan. Et c'est encore un enchantement. Très différent bien sûr des collines riantes de l'Ardèche provençale. C'est, ici, un paysage de bocages, de vallons et de bois, où alternent de magnifiques demeures et de pauvres masures. C'est la Bourgogne à la fois riche et pauvre, pas celle des grands vins, non, celle un peu abandonnée. Elle est surtout riche de son bâti, de ses paysages à peine entachés par quelques bâtiments agricoles démesurément grands, bâtiments qui ont sacrifié la beauté à la modernité fonctionnelle, à la rentabilité, conditions pour la survie d'une activité qui n'a plus grand chose à voir avec l'ancienne paysannerie.

L'autre bâti, avec un point d'orgue en majesté, Vézelay, ce sont les édifices religieux. La région en est foisonnante. Pour arriver ici je suis passé par un petit village absolument charmant qui a pour nom Saint-Père, où l'on trouve une église remarquable, qui semble fragile de prime abord, si gracile sur ses colonnades que l'on se demande comment elle fait pour tenir sur de si frêles jambes. En fait c'est surtout son porche qui renvoie cette impression là, pour le reste elle a l'air bien solide. Elle a été sauvée par Viollet-le-Duc et vous trouverez ICI son histoire.

Dans le village de fiston, j'ai rencontré cet après-midi deux personnes. Un vieux monsieur tout d'abord, alors que j'étais entré dans le cimetière, qui semble l'accès unique et naturel à l'entrée de l'église. Dans le genre "homme souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras poussière" c'est assez efficace comme message sur le paroissien... Sur la porte de l'église, qui était fermée, était punaisée une affiche. On pouvait y lire les avis de passages du curé, les dates et horaires des différentes messes qu'il y donnerait, parcimonieuses et très étalées dans le temps les messes : ça courait sur toute la saison de l'automne. J'ai refermé la porte du cimetière qui, pour respecter ce que l'on sait des portes de cimetières, a grincé sur ses gonds.

Il était là devant moi. Il m'a fait un salut militaire que je lui ai rendu ponctué d'un "repos !" final pour lui démontrer que moi aussi je savais m'amuser. "Ça va ?" qu'il m'a fait. "Bien, merci, lui ai-je répondu, je voulais visiter l'église mais elle est fermée. Je vais voir s'il y a une autre entrée de l'autre côté". Mon Dieu qu'il était vieux... Quel âge pouvait-il avoir ? Et sec avec ça. Des yeux bleus très pâles dont je sentais bien qu'ils me sondaient. Peut-être pensait-il que j'étais un pilleur de sépultures... il m'a suivi alors que je contournais le bâtiment. Mais il n'y avait pas d'autre entrée. Alors j'ai contemplé la vue que l'on avait d'ici.

- qu'est-ce que tu fais ?

Décidément il ne me lâchait plus et me tutoyait déjà...

- je mate le paysage.

- hein...?

- j'embrasse le paysage.

- quoi ?

- je regarde le paysage !...

- ah... le matin on peut voir des chevreuils là-bas.

- et des sangliers ? 

- ah non, pas de sangliers, ils sont partis loin dans les forêts, ils connaissent la date de l'ouverture de la chasse...

- ah bon ? Et les chevreuils, il ne la connaissent pas la date d'ouverture de la chasse ? Personne ne les a prévenus les chevreuils ? Et ce chemin il va où ?

- il va à l'hôpital. On peut y aller par la route, mais c'est plus court par le chemin.

Et il me désignait du bout de son bâton la direction de l'hôpital, mais moi, à l'infini, je ne voyais que des bois. C'était une situation assez particulière. On aurait dit un dialogue de Giono nous deux, du Giono dans le Morvan en somme. On sentait bien que lui, s'il se résignait un de ces quatre d'aller y finir ses jours dans cet hôpital, ce serait par le chemin qu'il s'y rendrait. Un jour il claquerait la porte en disant "allez zou ! C'est aujourd'hui qu'on y va !" Mais il avait encore du temps : il ne devait avoir que cent-dix ans à tout casser...

L'autre personne que je croisais, était une femme un peu moins âgée, même si ses cheveux grisonnaient allègrement. Dans ce village, qui n'est pourtant pas si grand, mais qui a une tendance à l'étalement, je m'étais égaré. Je ne retrouvais plus la maison de fiston. Elle était là s'occupant des fleurs qui ornent son muret. Alors je lui donnais comme indication géographique le monument aux morts qui est proche de la maison. Elle me confirma que je m'engageais dans la mauvaise direction et m'indiqua le bon chemin. De fil en aiguille nous commençâmes une petite conversation. Selon elle la vie avait bien changé ici depuis trente ou quarante ans. Les gens qui s'en allaient, soit pour la ville soit pour le cimetière, n'étaient guère remplacés. Elle parlait très bien cette dame on sentait une excellente éducation et même que de l'éducation elle en avait peut-être fait son métier. Elle avait un temps envisagé, la retraite venue, de déménager vers des cieux plus cléments. Mais, avec tout ce que l'on savait désormais sur les bouleversements climatiques, est-ce que ça en valait vraiment la peine ? Ailleurs était-il mieux qu'ici ? Elle n'en était plus si sûre. Elle me posait la question et je n'avais pas la réponse.

Je la remerciais et finis par retrouver la maison de fiston.





jeudi 8 septembre 2022

L'au revoir à "S"



J'ai un rapport ambigu avec "S".

Après un long séjour me vient l'envie de la fuir. Les trop courts passages d'amis, ceux, quotidiens, de la chienne chapardeuse de la voisine, ne suffisent plus : il faut que je parte.

Alors dès le matin du jour choisi, je referme les volets : fuyant ma solitude je la referme sur la sienne. Et déjà un sentiment de tristesse m'envahit. J'ai l'impression d'abandonner une vieille maîtresse qui m'a donné sans compter tant de bonheurs, de la trahir. Alors je caresse une dernière fois ses vieilles pierres, lui dis, d'une voix qui s'étrangle, "t'inquiète pas ma belle, je reviendrai. Cet automne ou au printemps prochain, qui sait...tiens bon !"

Et je m'enfuis sans me retourner, les yeux humides. 


mercredi 7 septembre 2022

Cumulonimbus, bis repetita


J'espère que cette fois-ci ils vont faire un effort, car hier soir c'était un peu mesquin... 




mardi 6 septembre 2022

Cumulonimbus


Viens, viens...! C'est une prière, viens ! N'aie pas peur ! Je n'ai pas peur ! Je t'attends et je t'espère !



lundi 5 septembre 2022

Légion étrangère de la nuit



Après "Guerre", qui ressemble à l'introduction au "Voyage", j'ai eu envie de relire ce dernier. Je l'ai déjà dit, je n'ai pas tout lu de Céline. Ce n'est pas faute d'avoir essayé... Mais son "voyage" je l'avais déjà lu, et je le relis en ce moment avec un même plaisir. Si l'on doit lire quelque-chose de Céline, incontestablement, c'est celui-ci. Ceux qui décrivent Céline comme le dernier des salauds, feraient bien de  parcourir ces pages fondamentales. Ils y découvriront (mais ils le savent déjà ces hypocrites) un humaniste, un homme traumatisé par la guerre, un pacifiste, un homme déçu de l'humanité, la sienne prioritairement. 

Céline n'est pas responsable de ses excès littéraires, qui lui vaudront opprobes et condamnations : ils lui viennent d'ailleurs, d'autres, pas de lui ; il n'est pas la source mais le réceptacle de son temps. 

Comme nous autres finalement... 

Je, nous, vous, pourrions être Céline, cet homme révolté par son époque. 

Un passage au hasard :

Avec eux on allait loin. Bien plus loin encore que les usines, vers les lotissements imprécis, les ruelles aux maisons indistinctes. Sur le pavé gluant des petites pluies d'aurore le jour venait reluire en bleu. Mes compagnons du tram disparaissaient en même temps que leurs ombres. Ils fermaient leurs yeux sur le jour. Pour les faire parler ces ombreux on avait du mal. Trop de fatigue. Ils ne se plaignaient pas, non, c'est eux qui nettoyaient pendant la nuit les bqoutiques et encore des boutiques et les bureaux de toute la ville, après la fermeture. Ils semblaient moins inquiets que nous autres, gens de la journée. Peut-être parce qu'ils étaient parvenus, eux, tout en bas des gens et des choses.

Une de ces nuits là, comme j'avais pris un autre tramway encore et que c'était le terminus et qu'on descendait prudemment, il m'a semblé qu'on m'appelait par mon nom "Ferdinand ! Eh Ferdinand !" Ça faisait comme un scandale forcément dans cette pénombre. J'aimais pas ça. Au-dessus des toits, le ciel revenait déjà par petits paquets bien froids, découpés par les gouttières. Sûr qu'on m'appelait. En me retournant, je l'ai reconnu tout de suite Léon. En chuchotant il m'a retrouvé et on s'est alors expliqués tous les deux.

Lui aussi il revenait de nettoyer un bureau avec les autres . C'est tout ce qu'il avait trouvé comme combine. Il marchait bien pondérément, avec un peu de véritable majesté, comme s'il venait d'accomplir des choses dangereuses et pour ainsi dire sacrées dans la ville. C'est le genre qu'ils prenaient d'ailleurs tous ces nettoyeurs de nuit, je l'avais déjà remarqué. Dans la fatigue et la solitude le divin ça sort des hommes. Il en avait plein les yeux lui aussi quand il les ouvrait bien plus grands que les yeux d'habitude, dans la pénombre bleuie où nous étions . Il avait déjà nettoyé lui aussi des étendues de lavabos à ne plus finir et fait reluire des vraies montagnes d'étages et des étages de silence.

Il a ajouté : "je t'ai reconnu tout de suite Ferdinand ! À la manière que t'es monté dans le tramway... figure-toi, rien qu'à ta manière dont t'étais triste quand t'as trouvé qu'il n'y avait pas une femme. C'est-y pas vrai ? C'est-y pas ton genre ?" C'était vrai que c'était mon genre. Décidément j'avais une âme débraillée comme une braguette . Rien donc pour m'étonner dans cette juste observation. Mais ce qui m'a plutôt surpris c'est que lui non plus il aye pas réussi en Amérique. C'était pas du tout ce que j'avais prévu .

Je lui ai parlé à lui du coup de la galère à San Tapeta. Mais il comprenait pas ce que ça voulait dire. "Tu as la fièvre !" qu'il m'a répondu simplement. Lui c'était par un cargo qu'il était arrivé. Il aurait bien essayé de se placer chez Ford mais ses papiers vraiment trop faux pour oser les montrer l'arrêtaient. "C'est juste bon à avoir dans sa poche" qu'il remarquait. Pour les équipes du nettoyage on était pas difficile sur l'état civil. On payait pas beaucoup non plus, mais on passait la main. C'était une espèce de Légion étrangère de la nuit.

"Et toi qu'est-ce que tu fais ? qu'il m'a demandé alors. T'es donc toujours cinglé ? T'en as pas encore assez des trucs et des machins ? T'en veux donc encore des voyages ?

- j'veux rentrer en France que je lui dis, j'en ai assez vu comme ça, t'as raison, ça va... 

- tu fais mieux qu'il m'a répondu parce que pour nous les pommes sont cuites... on a vieilli sans s'en apercevoir, je sais ce que c'est... Je voudrais bien rentrer aussi moi, mais c'est toujours les papiers... J'attendrai encore un peu pour m'en procurer des bons... On peut pas dire que c'est mauvais le boulot qu'on fait. Y a pire. Mais j'apprends pas l' anglais... Depuis trente ans dans le nettoyage y en a dans le même truc qui n'ont appris en tout que "Exit" à cause que c'est sur les portes qu'on astique, et puis "Lavatory". Tu comprends ? "


Louis-Ferdinand Céline, " Voyage au Bout de la Nuit"

Maraboutés



Amis Greneblois, Nantais, mais aussi Bordelais, je crois que vous avez élu des fous. Des fous qui encouragent la délinquance dans vos villes, l'importe sans vergogne. 

Désormais, telles les antiques civilisations, ils vous en demandent plus, ils veulent vous voir renouer avec les sacrifices humains, ceux de vos enfants. À petit feu certes, doucement, à coups de dénutrition, de carences alimentaires, ils vous demandent d'accepter le rachitisme, le mal développement de vos progénitures, de les offrir le cœur vaillant à la déesse "écologie". C'est vrai que les vaches ça pète (depuis la nuit des temps d'ailleurs, et comme vos enfants...) et que la barbaque, au four ou au charbon de bois, c'est mal.

Et pourtant la France ne représente, malgré ses vaches (et ses écoliers pèteurs), que moins de 1% des gaz à effet de serre... 

Est-ce ainsi que vous comptez sauver la planète ?

Noël approche.

Quand vous irez acheter la merde en plastoc pour vos enfants chéris, chétifs et dénutris, demandez-vous une seconde comment elle est arrivée à deux rues de chez vous.

Chers amis Greneblois, Nantais etc..., vous avez élu des fous, sans doute parce que vous-mêmes êtes des fous, maraboutés comme un joueur de football de l'équipe de France, ni plus ni moins. 

vendredi 2 septembre 2022

Après l'orage



Quand l'orage a passé, qu'il s'en est allé vers l'est, abattre ses furies tonnantes, venteuses et diluviennes sur d'autres lieux, J'AIME ÉCOUTER CETTE MUSIQUE LÀ . Elle est pour moi celle de l'apaisement, de la réconciliation ; de la sérénité retrouvée.

Les collines alors, gorgées d'eau, se mettent à fumer. Dans les jours suivants, longtemps, elles restitueront cette eau aux ruisseaux qui murmureront de nouveau.

J'écris, je l'avoue, ce billet un peu en avance, car si l'orage gronde autour de moi, il n'est pas encore passé.

Disons que je me prépare... 

vendredi 26 août 2022

Rêve érotique


C'est la meilleure celle-là! Voilà que je me remets à faire des rêves érotiques comme un jeune collégien boutonneux. Ça s'est produit la nuit dernière. Dans mon rêve j'avais rendez-vous avec une conseillère, genre conseillère de Pôle Emploi ou quelque chose d'approchant. Il s'agissait de faire le bilan de ma situation en vue d'un nouveau travail, moi qui n'ai plus besoin de travailler depuis quelques temps déjà. Elle me fit entrer dans son bureau et me dit "je vous en prie asseyez-vous", formule qu'elle devait certainement répéter des dizaines de fois dans sa journée. Elle contourna son bureau, ce qui me permit de contempler le joli spectacle de sa taille fine et de ses hanches bien pleines, mais sans excès, dans une jupe étroite. De face c'était pas mal non plus: elle avait une chevelure ondoyante châtain foncé, des yeux verts, une bouche qui souriait constamment, une bouche faite pour le sourire, entre autres choses. Elle portait un haut avec un décolleté plongeant qui aimantait le regard, et j'avais du mal à me concentrer sur le sien.
Elle parcourait mon dossier avec un air franchement désolé, haussant fréquemment ses épaules dénudées. Elle se mit à triturer son stylo, et j'étais jaloux du stylo. Parfois elle inspirait longuement, la bouche entrouverte, et cela avait le don de faire gonfler sa jolie gorge. Parfois encore, elle se dandinait d'une fesse à l'autre sur sa chaise, et j'étais jaloux de la chaise.
Soudain le rêve pris une tournure inattendue (c'est fréquent dans les rêves) . Elle commença à me parler de sa vie privée, de son premier mec qui était un con fini et qu'elle a largué rapidement, de l'actuel qui était tout aussi con mais dépensait un pognon de dingue pour elle. Ça se voyait d'ailleurs à ses bracelets d'or et d'argent, ses colliers fins, ses bagues luxueusement ouvragées. En matière d'hommes elle en connaissait un rayon... Il y avait maintenant dans la pièce une charge érotique qui devenait insoutenable. J'ai cru un moment qu'elle allait se lever, fermer la porte à double tour, et que nous allions régler ça vite fait bien fait sur son bureau, sur la pile de ses dossiers urgents à traiter. Ou bien encore j'aurais fait pivoter son siège (sont bien commodes ces sièges de bureau) pour une petite visite de courtoisie. Mais elle ne l'a pas fait. Peut-être attendait-elle que ce soit moi qui me levasse et la ferma cette porte. Mais je ne l'ai pas fait.
Alors l'entretien a tourné court. Elle m'a raccompagné à cette fichue porte en me souhaitant "bon courage pour la suite", formule qu'elle devait bien utiliser des dizaines de fois dans sa journée.
C'était assez frustrant comme épilogue... 

jeudi 25 août 2022

Trois jours

 Trois jours pour discuter du prix du gaz, nous mettre à genoux devant des gens qui nous détestent et que nous détestons.

C'était si simple pourtant, du temps de la colonisation... 

mercredi 17 août 2022

Toute la pluie tombe sur nous



Il était temps, je devenais fou... 

L'autre jour en revenant des courses je me disais "tout de même l'eau était bien sale ce matin au sortir de la pompe"... Comme un nécessiteux qui se refuse à consulter son compte bancaire de peur d'y voir la catastrophe, je reportais au lendemain de remonter le ruisseau jusqu'au gour où je puise notre eau. Mais cette fois-ci j'étais décidé à en avoir le cœur net. Le premier gour que je traversais, et dans lequel j'avais encore de l'eau jusqu'à la taille il y a un mois de ça, était totalement à sec. C'était de mauvaise augure... Je me rassurais en me disant que le mien était quatre à cinq fois plus grand, plus profond aussi. J'avais tort...  Y parvenant enfin, la "catastrophe", qui n'était encore jamais arrivée avant ce maudit été 2022, en tout cas pas à ma connaissance, s'étalait à mes yeux consternés : ce gour si vaste, si généreux, à l'ombre des figuiers et des noyers était lui aussi totalement tari. Ne subsistaient plus que quelques flaques où quelques dizaines de vairons et d'ablettes vivaient le stress de leurs derniers instants. La crépine de ma pompe affleurait à la surface d'une eau mêlée de vase. Si j'avais tiré ne serait-ce que 20 litres de plus j'étais bon pour un fastidieux réamorçage.

Pour les poissons je ne pouvais plus rien. J'aurais pu me munir d'un seau, remonter plus haut le ruisseau à la recherche d'un hypothétique trou épargné, mais il m'aurait fallu traverser une jungle de ronces peuplée de guêpiers : je les ai abandonnés à leur triste sort...

Aujourd'hui les promesses de Météo-France jusqu'alors non tenues semblent se réaliser enfin : il pleut.

Mais, en éternel insatisfait, en pessimiste patenté, je doute que cette pluie bienvenue ne suffise à refaire murmurer le ruisseau. 

mardi 16 août 2022

Canicule, Rome 1624




Huit jours plus tard, le comte, mon maître, me commanda d'aller avec deux carrosses de voyage à lui, à six chevaux, chercher les señiores cardinaux Sandoval, Spinola et Albornoz, qui arrivaient d'Espagne et avaient débarqué au port de Palo, à vingt milles de Rome. De même il m'ordonna de les convier de sa part à descendre en sa maison, où il leur tenait prêt un grand logement.

À Palo, où leurs Éminences étaient installées au château, je fis mon ambassade. Ils en firent grand cas, mais ils répondirent qu'ils ne comptaient pas entrer à Rome par ces dangereuses chaleurs, mais s'établir quelque part alentour. Cette résolution prise, je les suppliai d'y bien regarder et de placer le service du roi avant tout, tellement qu'ils se hasardèrent à risquer leur santé. Deux heures avant la nuit, il firent mettre en ordre leurs carrosses de voyage, car ils en avaient dix-sept. 

Les trois señiores cardinaux prirent place dans le carrosse du comte, mon maître, et leurs camériers et moi dans l'autre. Et de piquer des deux pour que le soleil ne les frappât point. Bref, je fis si dextrement que j'entrai à Rome au petit matin avec les seuls deux carrosses du comte mon maître, sans qu'aucun des dix-sept autres m'eût pu suivre. C'est de la sorte que je les amenai au logis de très bonne heure, le jour de Saint-Pierre qu'on présente la haquenée au pape. Ils furent logés dans la maison du comte, mon maître, chacun dans son appartement, avec le luxe et le bien-être qu'on peut croire, ainsi que leur camériers et autres valets.

Ils demeurèrent là jusqu'à tant qu'ils eussent trouvé des maisons, ce qui dut prendre un mois, et ils y furent visités par tout le Collège des cardinaux et régalés par le comte, mon maître. Moi, je m'en retournai à mon hôtellerie où je demeure présentement et demeurerai jusqu'à ce que Son Excellence me commande autre chose, car je ne désire rien tant que de la servir.

Je dois dire encore quelque chose que je tiens pour un miracle. Ces señiores entrèrent à Rome le jour de Saint- Pierre, qui est l'un de ceux ou le péril de la chaleur est le plus fort : pourtant, de toute la maison qu'ils amenaient avec eux et qui montait à plus de trois cents personnes, il ne mourut personne ; bien mieux, Leurs Éminences n'eurent point mal à la tête : d'où je tire que ce qu'on raconte des dangers de la canicule n'est que hâbleries. Il est vrai qu'à Palo je leur recommandai à tous de se bien garder du soleil et, en arrivant à Rome, de s'enfermer, moyennant quoi ils n'auraient rien à redouter des changements de temps.


Mémoires du Capitán Alonso de Contreras 

lundi 15 août 2022

Carte postale 2


Il s'agit du pont romain de Viviers, Ardèche. 

À quelques mètres de lui il y a un un rond-point qui fut longtemps occupé par les Gilets Jaunes.

C'est tout... 





dimanche 14 août 2022

Carte postale




Saint-Montan est sans doute l'un des plus beaux villages de la région, mais ils sont si nombreux ici que j'aurais du mal à établir une hiérarchie.

Le plus curieux c'est que pour parvenir à Saint-Montan il faut d'abord... descendre un col interminable. 

Bon... Je sais...

Sur le plateau qui précède on passe par un charmant village, Lussas, qui vaut le détour rien que pour son église classée du XIIE siècle :


Mais revenons à Saint-Montan. C'est un village plein de vie, jugez plutôt : pour quelques âmes il ne compte pas moins de six bistrots, presque autant de gargotes où souper. C'est un régal pour les yeux que de déambuler dans ses ruelles (un peu raides) moyenâgeuses. Je me souviens que jadis on pouvait monter jusqu'aux ruines du château, gratuitement, à ses risques et peril d'ailleurs, ruines qui n'étaient pas sans rappeler celles d'un château Cathare comme Peyrepertus. Aujourd'hui c'est devenu payant. Mais c'est pour la bonne cause : pour éviter que les ruines ne le deviennent davantage, sécuriser les lieux aussi. Et puis un sou est un sou, et nos petites communes, si riches en patrimoine, en manquent cruellement, nonobstant la bonne volonté de Stephane Bern.

Alors, si vous passez dans ma région, n'hésitez pas à descendre à Saint-Montan.

Photos :





jeudi 11 août 2022

La lune rousse



La nuit promet d'être belle
Car voici qu'au fond du ciel
Apparaît la lune rousse
Saisi d'une sainte frousse
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses
Valets volages et vulgaires
Ouvrez mon sarcophage
Et vous, pages pervers
Courrez au cimetière
Prévenez de ma part
Mes amis nécrophages
Que ce soir, nous sommes attendus dans les marécages
Voici mon message
Cauchemards, fantômes et squelettes
Laissez flotter vos idées noires
Près de la marre aux oubliettes
Tenue de suaire obligatoire
Lutins, lucioles, feux-follets
Elfes, faunes et farfadets
S'effraient de mes grands carnassiers
Une muse un peu dodue
Me dit d'un air entendu
"Vous auriez pu vous raser"
Comme je lui fais remarquer
Deux-trois pendus attablés
Qui sont venus sans cravate
J'vous fais remarquer
Elle me lance un oeil hagard
Et vomit sans crier gare
Quelques vipères écarlates
Vampires éblouis par de lubriques vestales
Égéries insatiables chevauchant des Walkyries
Infernal appétit de frénésie bacchanale
Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie
Envois
Satyres joufflus, boucs émissaires
Gargouilles émues, fières gorgones
Laissez ma couronne aux sorcières
Et mes chimères à la licorne
Soudain les arbres frissonnent
Car Lucifer en personne
Fait une courte apparition
L'air tellement accablé
Qu'on lui donnerait volontiers
Le Bon Dieu sans confession
S'il ne laissait, malicieux
Courir le bout de sa queue
Devant ses yeux maléfiques
Et ne se dressait d'un bond
Dans un concert de jurons
Disant d'un ton pathétique
Que les damnés obscènes
Cyniques et corrompus
Fassent griefs de leur peines
À ceux qu'ils ont élus
Car devant tant de problèmes
Et de malentendus
Les dieux et les diables
En sont venus à douter d'eux-mêmes
Quel dédain suprême
Mais, déjà, le ciel blanchit
Esprits, je vous remercie
De m'avoir si bien reçu
Cocher, lugubre et bossu
Déposez-moi au manoir
Et lâchez ce crucifix
Décrochez-moi ces gousses d'ail
Qui déshonorent mon portail
Et me chercher sans retard
L'ami qui soigne et guérit
La folie qui m'accompagne
Et jamais ne m'a trahi
Champagne

mardi 9 août 2022

Mémoires du Capitán Alonso de Contreras




C'est un livre bien étonnant que je suis en train de lire. Est-ce "P" ou "T" qui l'aura déposé ici à "S" ? Sur la petite bibliothèque de guingois que j'ai façonnée de mes mains ? 

Qu'importe...

Il s'agit des mémoires du Capitán Alonso de Contreras, qui vécu à cheval sur le 16ème et 17ème siècle. L'édition que j'ai entre les mains est préfacée par Jünger. Jean Dutourd, en quatrième de couverture, en parle comme d'un chef-d'œuvre. 

Il ne s'agit pas d'un roman, même si ça se lit comme un roman : nous sommes encore loin, très loin, du siècle des romantiques, qui chialaient et se suicidaient au moindre amour contrarié, inventaient la collection "Harlequin".

Non.

Ce serait plutôt une comptabilité, un livre de bord, où seraient scrupuleusement notés toutes les flibusteries, les pirateries, les attaques et abordages, les pillages du glorieux capitaine. Tantôt pour son enrichissement personnel (très vite dilapidé), toujours au nom de la chrétienté, contre les Turcs et les Maures. Une comptabilité froide et factuelle, avec à gauche la colonne des morts, des esclaves capturés, et à droite celle des profits. Le tout sans une once de morale ou de scrupule : tu me trahis je te perfore de ma lame ; tu me trompes et je te livre à dix nègres qui feront de toi ce qu'ils voudront ; tu veux me combattre ? Combattons ! 

Et ce avec l'assurance que procuraient à ces hommes la noblesse et la chevalerie, qui savaient encore discerner où étaient le bien et le mal, l'utile et le nécessaire, l'impérieux et le négligeable ; qui ne craignaient pas l'au-delà. 

Livre autobiographique rendu incompréhensible à nos temps déréglés, et dans lequel je me sens si bien... 

Ah que n'ai-je vécu bon sang 

Entre quatorze et quinze cent... 

EN SAVOIR PLUS

vendredi 5 août 2022

Bossus




Bossu. 

Je suis le bossu des Romarins. 

Nous sommes des milliers, des millions de bossus des Bastides, de Massacan, et je ne sais pas quel crime nous payons.

Je fais depuis quelques jours une chose que je n'avais jamais faite : je mets des pastilles de chlore dans mon eau de vaisselle pour la garder plus longtemps, lui ôter cette odeur de végétation en putréfaction, pour ne pas allumer la pompe aussi. Et le soir je regarde les étoiles cruelles puis, sur le site "Météociel", les prévisions des jours à venir. Parfois je m'endors confiant : 15mm prévus dans trois jours... 15mm ! 15 litres d'eau au mètre carré ! Mazette ! Le ruisseau va de nouveau chanter ! Le lendemain sur le même site la promesse s'est envolée...

Je ne mise plus sur le prévu, espère dans l'imprévu. 

samedi 30 juillet 2022

Guerre




Je viens de terminer "Guerre", le premier, ou le dernier, comme on veut, roman de Céline en partie autobiographique. Et au fond que m'importe que "Guerre" soit la suite de "Casse-Pipe"?

Le problème, justement, c'est que j'en ai un avec Céline : je crois que je ne suis pas célinien.

Passé le choc littéraire du "Voyage", je suis allé de déconvenues en déconvenues. Un mien ami me disait qu'au 20ème siècle il y avait le grand "P" de Picasso pour la peinture, et le grand "C" de Céline pour la littérature.

Pour Céline j'avoue vraiment ne pas être convaincu. "Rigodon" reste pour moi illisible ; je ne suis pas parvenu à aller jusqu'au bout de "Nord". "Mort à Crédit" je l'ai eu trop jeune entre les mains, faudrait que j'essaie une nouvelle fois.

Si je suis venu à bout de "Bagatelles pour un Massacre", c'est que ce livre avait le goût délicieux de l'interdit. Je me souviens de l'exemplaire que j'ai lu alors. Il s'agissait d'un livre qui avait peu ou prou le format A4, sa couverture était rouge et cartonnée. Le détail amusant est qu'il était offert par un célèbre magasin parisien (dont je tairai le nom) à ses employés en cadeau de fin d'année. On a dit de "Bagatelles" que c'était un pamphlet antisémite. C'est vrai mais c'est très insuffisant à mon avis. C'est surtout un livre anti-France, anti-Français. Car pardon il en prend pour son grade le populo, il déguste tout au long de ces pages !...

Mais "Guerre" c'est quoi au juste ? J'ai du mal à le dire.

Bien sûr qu'elle est présente cette guerre où Céline a morflé en 14, mais en fond sonore, ou comme une découverte dans une pièce de théâtre. C'est surtout un livre de cul, un "Gabin" mal dialogué, un Houellebecq en plus cru, un San A. trash.

Je suis peut-être un peu con, ce n'est pas exclu. Il me faudrait le soutien d'un authentique célinien pour comprendre la démarche...

Si l'on se place du point de vue de la maison Gallimard, c'est probablement un coup de maître en matière d'édition, mais le lecteur que je suis a refermé le livre sur un "bof" circonspect.

Pas sûr du coup d'être impatient de lire "Londres".

PS : Ce que je reconnais à Céline, c'est qu'avant lui personne n'avait écrit comme lui. 

jeudi 28 juillet 2022

Le partage des eaux




 Je prélève un litre pour me laver les dents, trois litres pour me rafraîchir les aisselles, quatre pour nettoyer ma tignasse, soixante pour le cèdre du Liban, quarante pour le lilas du Japon, soixante de nouveau pour les deux eucalyptus, trente pour l'arbre à papillons, la même quantité pour la glycine, vingt pour le sapin de Noël replanté l'année dernière ; je ne compte pas pour le laurier rose qui a failli mourir. 

Le niveau baisse, mais le partage me semble équitable (et écoresponsable comme on dit...).

mercredi 27 juillet 2022

Mer calme à agitée




Il y a un an environ, une camionnette s'est arrêtée à proximité de "S". Un jeune homme plein de vigueur en est descendu avec un instrument dans la main. Il m'a montré du doigt le poteau de bois qui nous amène ici électricité et téléphonie. Mais lui visiblement en cherchait un autre de poteau, qu'il m'a indiqué sur son appareil électronique auquel je ne comprenais pas grand-chose.

- monsieur, ce poteau n'existe pas, le dernier que vous trouverez dans le secteur, c'est celui-ci, le nôtre, le dernier de la commune. D'ailleurs si vous continuez sur quelques mètres, vous serez sur la commune voisine. Ici c'est le terminus, même le facteur rechigne à y venir.

Il ne voulait pas le croire, sa machine lui indiquait un poteau et il voulait voir ce poteau. Je n'ai pas cherché à le convaincre, mais, à toute fin utile, je lui demandais pourquoi il y tenait tant à ce poteau.

- eh bien monsieur, m'a-t-il répondu, c'est que nous apportons la fibre, que vous l'aurez au plus tard début 2023. Et qu'il nous faut préalablement répertorier le réseau car elle sera aérienne.

Sur ce il est reparti, avec sa petite machine entre les mains, interrogeant du regard les collines, insatisfait de ma réponse.

Bigre... "la fibre" allait arriver jusqu'ici...

Hier je descendais vers la ville par la petite route. Là je croisais une autre camionnette, avec élévateur, et deux ou trois hommes qui s'affairaient à accrocher des câbles au sommet des poteaux. Curieux comme je suis, je me suis arrêté pour leur demander la nature de leur activité. Et c'est tout naturellement qu'ils m'ont répondu "qu'ils apportaient la fibre au hameau de "V". 

Le désert numérique perdait du terrain, et dans cette marche vers le progrès, "S" serait la dernière à être servie.

Ça m'a laissé songeur. Je me suis souvenu d'un temps, pas si lointain, où quand je venais à "S" je n'avais pour seules compagnies que des livres, le feu dans la cheminée, un téléphone qui ne sonnait que très rarement, mes rêves et un vieux transistor. 

C'est de ce vieux transistor dont je me souviens aujourd'hui. Au fond de cette vallée perdue, il ne captait presque rien. France Inter y était encore audible, mais, par un défaut technique que je ne saurais expliquer, passé le flash de 20h, sa captation des ondes déclinait, le son se perdait dans un grésillement progressif, le transistor ne percevant plus que le "tac tac" de la clôture électrique voisine. C'était l'heure de la météo marine. Elle durait des minutes qui paraissaient des heures. C'était aussi un moment de grande poésie, propice à l'évasion :

Mer d'Iroise, vent modéré de secteur sud, mer calme, pas d'avis de coup de vent en cours ni prévu. 

Cantábrico, mer calme à agitée, vent de secteur sud-ouest se renforçant dans la nuit. 

Et je somnolais au coin du feu. J'étais ce marin embarqué sur son chalutier qui regardait s'éloigner la côte.

Le son dans le transistor devenait insupportable. Le "tac-tac" surnageait dans un océan de grésillements, la voix du présentateur devenait inaudible. Je me levais et coupais l'appareil. Ne restait plus alors qu'un immense silence.

La fibre arrive, et les rêves s'en vont.

EN COMPLÉMENT CETTE BELLE CHANSON DE JULIETTE, MÉTÉO MARINE.