vendredi 18 juin 2021

En route



Après avoir, depuis Aubusson, traversé la paisible Auvergne, après avoir glissé sur les fraîches routes du haut plateau ardéchois, après avoir descendu l'interminable col de la Chavade qui plonge sur Aubenas, j'ai enfin retrouvé mes quartiers d'été, déjà écrasés de chaleur.

Cette traversée du Massif Central m'a fait me remémorer une anecdote vieille de plus de 40 ans, du temps où j'étais encore étudiant, du temps aussi où l'on était moins regardant sur le travail des mineurs. Avec deux amis, allez savoir comment, nous nous étions trouvé un job d'été chez un paysan du Cantal ou du Puy-de-Dôme. L'idée était simple : travailler en juillet pour nous offrir des vacances en août. Le travail était rudimentaire voire stupide. Il consistait, un rang sur deux (ou trois) à enlever la fleur naissante des maïs. Pourquoi devions-nous leur faire ça aux maïs ? J'ai oublié. Je crois me souvenir qu'il s'agissait d'une histoire de sélection. Nous étions nourris à la ferme et dormions sous une tente suffisamment grande pour nous loger tous.

Un jour, l'occasion s'étant présentée, nous achetâmes une tomme de Saint-Nectaire. Après l'avoir goûtée, nous la jugeâmes dure, fade et sans grand intérêt. La remettant dans son emballage, elle partit se faire oublier quelque part sous la tente. Plusieurs jours passèrent. Quand le soir venu nous entrions sous la tente il y avait désormais une odeur prononcée que nous mettions sur le compte de quelque vêtement sale, de paires de chaussettes mal (ou pas) lavées. On s'en accommodait jusqu'au jour où l'odeur devint franchement insupportable. Il fallait trouver l'origine du mal. Ce fut vite fait et la tomme négligée refit son apparition. Sa croûte transpirait de toutes ces journées passées dans ce four qu'était notre tente pendant que nous travaillions aux champs. Par l'entame initiale le fromage s'épanchait, se répendait, se vidait, en une pâte jaune, molle et odorante. Est-ce moi qui fit la proposition :

- on le goûte ?

Il traînait dans notre habitacle surchauffé un reste de boule de pain desséchée. 

Eh bien croyez-moi ou allez vous faire voir chez Plumeau, je crois que c'est le meilleur Saint-Nectaire que je n'ai jamais mangé de ma vie ; la tomme ne fit pas long feu.



5 commentaires:

  1. Ce n'est pas pour rien que le XXe siècle a pu être appelé : l'âge de la tomme…

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah ben décidément vous vous surpassez ces jours-ci ! 😄👍

      Supprimer
    2. C'est la mauvaise influence de Blondin…

      Supprimer
    3. C'est marrant ça : je viens tout juste de commencer "Les poneys sauvages" de Déon, un autre hussard. Vous l'avez lu ?

      Supprimer
    4. Non, je n'ai lu qu'un seul livre de Déon, Un déjeuner de soleil… dont je ne conserve à peu près aucun souvenir ! (Mais c'était il y a longtemps…)

      Supprimer

Lâchez-vous ! Mais en gens bien élevés tout de même...