dimanche 20 juin 2021

A voté !




A voté ! 

Ben oui...

Et là je vous imagine : comment, comment ! N'est-il point encore dans son Bas-Vivarais adoré ? Il est déjà remonté à Paris ? Pour voter qui plus est ? Glisser un bulletin dans l'urne pour un candidat qui n'a aucune chance ? Mais il n'est pas bien le Fredi ! Faut lui réserver d'urgence une place à Sainte-Anne !

Mais non voyons... 

Au pays des cigales j'y suis encore bien sûr (quoique les cigales aujourd'hui...). Avant de quitter Paris j'ai juste fait un détour par le commissariat de mon arrondissement, validé une procuration faite en ligne. Démarche on ne peut plus facile entre parenthèses, les ceusses qui ne votent pas pour soi-disant cause d'absence n'ont aucune excuse. 

C'est donc ma belle qui a voté pour moi. Alors oui bien sûr, elle l'a fait avec une pince à linge sur le nez, avait prévu double ration de gel hydroalcoolique, est allée à confesse sitôt sortie du bureau de vote : c'est peu dire que nos opinions politiques divergent un peu. Mais elle l'a fait. Alors vous me direz il en sait quoi le Fredi ? Peut-être a-t-elle mis dans la boîte un bulletin Audrey Pulvar, voire pire ! 

Ma belle a quelques défauts (très peu) mais jamais elle ne pourrait trahir la confiance que l'on met en elle : elle est honnête et droite. 

Bon c'est pas le tout mais j'attends avec gourmandise la soirée électorale. Faut bien se marrer un peu. Pas tant pour la région Ile-de-France où les jeux semblent faits que pour d'autres à l'issue moins certaine. J'entends d'ici les dialogues des castors :

- J'appelle à faire barrage au Front National ! 

- Vous appelez à voter pour qui au second tour ? 

- Il faut un front républicain ! 

- Si une région tombe aux mains du RN ce sera le chaos pour six ans ! 

- Êtes vous près à retirer votre liste... etc, etc... 

Je ne sais pas vous mais moi j'ai l'impression de connaître la pièce par cœur... 


vendredi 18 juin 2021

En route



Après avoir, depuis Aubusson, traversé la paisible Auvergne, après avoir glissé sur les fraîches routes du haut plateau ardéchois, après avoir descendu l'interminable col de la Chavade qui plonge sur Aubenas, j'ai enfin retrouvé mes quartiers d'été, déjà écrasés de chaleur.

Cette traversée du Massif Central m'a fait me remémorer une anecdote vieille de plus de 40 ans, du temps où j'étais encore étudiant, du temps aussi où l'on était moins regardant sur le travail des mineurs. Avec deux amis, allez savoir comment, nous nous étions trouvé un job d'été chez un paysan du Cantal ou du Puy-de-Dôme. L'idée était simple : travailler en juillet pour nous offrir des vacances en août. Le travail était rudimentaire voire stupide. Il consistait, un rang sur deux (ou trois) à enlever la fleur naissante des maïs. Pourquoi devions-nous leur faire ça aux maïs ? J'ai oublié. Je crois me souvenir qu'il s'agissait d'une histoire de sélection. Nous étions nourris à la ferme et dormions sous une tente suffisamment grande pour nous loger tous.

Un jour, l'occasion s'étant présentée, nous achetâmes une tomme de Saint-Nectaire. Après l'avoir goûtée, nous la jugeâmes dure, fade et sans grand intérêt. La remettant dans son emballage, elle partit se faire oublier quelque part sous la tente. Plusieurs jours passèrent. Quand le soir venu nous entrions sous la tente il y avait désormais une odeur prononcée que nous mettions sur le compte de quelque vêtement sale, de paires de chaussettes mal (ou pas) lavées. On s'en accommodait jusqu'au jour où l'odeur devint franchement insupportable. Il fallait trouver l'origine du mal. Ce fut vite fait et la tomme négligée refit son apparition. Sa croûte transpirait de toutes ces journées passées dans ce four qu'était notre tente pendant que nous travaillions aux champs. Par l'entame initiale le fromage s'épanchait, se répendait, se vidait, en une pâte jaune, molle et odorante. Est-ce moi qui fit la proposition :

- on le goûte ?

Il traînait dans notre habitacle surchauffé un reste de boule de pain desséchée. 

Eh bien croyez-moi ou allez vous faire voir chez Plumeau, je crois que c'est le meilleur Saint-Nectaire que je n'ai jamais mangé de ma vie ; la tomme ne fit pas long feu.



lundi 14 juin 2021

On m'a vu à Aubusson



Avec fiston, depuis Paris, nous avons pris le chemin des écoliers qui mène à Aubusson. La Creuse, il y a longtemps que je voulais y faire une halte. Ça tombe bien : depuis quelques temps fiston y a un pied à terre.

Il y a sur Aubusson, comme sur trop de bourgades de France, une sorte de chape de nostalgie ; nostalgie d'une époque où il y avait du travail pour tous, nostalgie du temps des lissiers, des maçons de la Creuse ou même des usines Philips. Aubusson n'a jamais été une grande ville : au plus fort de son activité, sa démographie dépassait à peine les 7000 habitants. Mais, aujourd'hui, elle est en passe de tomber sous les 3000...

Ceci explique cela : Aubusson est à vendre. J'estime à près d'un tiers les biens immobiliers qui attendent un acquéreur à prix cassé. Pour la survie de la ville, il y a urgence. Pour les habitations aussi : si Aubusson ne menace pas ruine, loin s'en faut, elle souffre et s'abîme dans bien des quartiers.



Pourtant il y aurait ici, pour des jeunes décidés et convaincus qu'une autre vie est possible ailleurs que dans les mégalopoles, tout pour être heureux. L'espace n'y est pas compté, la nature y est magnifique, la quiétude garantie.

Mais revient toujours l'éternelle question : qu'y faire quand même les paysans semblent ne plus mettre les vaches au pré ? Cela m'a frappé durant une balade dans la campagne environnante : beaucoup de prés à vaches... sans vache.

Quel est donc l'avenir de ce coin de France pourtant béni des dieux ?



mardi 8 juin 2021

Aphorisme nocturne et désabusé


Macron à Valence : gifle ou sentiment de gifle ? 

Le combat de demain

 

J'adore ce chant militaire. C'est celui des paras, arme que j'aurais dû faire si je n'avais été contraint à un autre choix. Nous le chantions avec "P" et "T", tard dans la nuit dans les rues de Paris, quand tous les troquets avaient éteint leurs néons, qu'il ne restait plus un abreuvoir à l'horizon

Est-ce la récente disparition de "P" ? Je me prends à le fredonner souvent ces temps-ci. Qu'importe. Je trouve ses paroles d'une brûlante actualité.

Fredi chante "Le combat de demain" :


vendredi 4 juin 2021

Souvenirs de bistrots

 


 

J'ai seize ou dix-sept ans, j'entre avec "S", mon ami de toujours, à "La Godasse".

La Godasse a pour enseigne, dans ce petit trou perdu, une canne de bois avec une ficelle. Et au bout une godasse. Pardi...

Il règne à "La Godasse" une perpétuelle odeur de tabac brun, Johnny hurle "Gabrielle" ou "Que je t'aime". Et quand je glisse une pièce dans le juke-box, que Souchon ou Voulsy prennent la relève, on me regarde bizarrement, avec un sourire en coin. Quoi ? Il n'y a qu'Edwige, derrière le bar, qui semble me comprendre : Rockcollection ça lui va bien, soulage ses tympans. Edwige, c'est tout un poème. De dos, quand elle range les verres, c'est une silhouette délicieuse, de  longs cheveux châtains qui lui tombent sur un petit cul adorable ; de face, c'est aussi charmant, s'il n'était ce visage ravagé par une acné envahissante, dévorante, qui fait penser à une maladie honteuse, elle qui a le même âge que nous. Elle est notre seul fantasme à des kilomètres à la ronde. Sa mère ne la perd jamais de vue.

- C'est ta partie...

Je pose ma Balto sur la glace, à côté du truc qui envoie la boule.

Clac... clac... clac clac clac !... clac... bing ! Partie gratuite... clac..., fourchette...., clac... C'est fini. Mon clope s'est consumé, laissant une trainée brune sur le verre.

- Edwige, une autre "16" s'il te plait !

Avec "S" nous sommes à la ville, là où il y a le marché et le Prisunic. Au café du Nord on se refait une santé à coups de Picon-bière. Au troisième, il me dit que sa mère doit-être au Péché-Mignon, m'invite à la rejoindre.

Elle est devant une tasse de thé. "S" s'assoit à côté d'elle, lui caresse son genou, doré au carotène. "S" et sa mère ont toujours eu des rapports étonnants, dérangeants. Elle nous propose du chocolat chaud et de la brioche, ce que je décline tout de suite et que "S" accepte volontiers. Ça aussi ça m'étonne : comment s'enfiler du chocolat chaud après du Picon-bière ? C'est gerbatif ! 

Le café du Nord est aujourd'hui une banque, le Péché-Mignon un kébab.

Je suis parti au soleil tombant, sur un vieux clou dont j'avais regonflé les pneus dans l'après-midi. Après une dizaine de kilomètres d'une petite route enchanteresse, j'arrive essoufflé au sommet d'un col. En bas dans la vallée, le village de "G...", déjà dans la pénombre. Je m'arrête pour le contempler. Immobile, immortel, il donne l'impression d'un voyage dans le temps. Puis je dévale en roues libres la côte sinueuse jusqu'à lui. Sur la petite place le café est très animé. Je me joins, un peu à l'écart, à une réunion de chasseurs. Nous sommes en aout et l'on programme ici la prochaine saison. Aux portes de la grange voisine il y a des trophées accrochés : pattes de biches, de sangliers. Comme eux je commande un pastis. Ça tombe bien le patron n'a que ça à offrir.

- Et le monsieur, il en reprend un ?

- Bien volontiers, merci...

Quelques minutes plus tard :

- Et le monsieur, il en reprend un ?

- Bien volontiers, merci...

Une heure plus tard :

- Et le monsieur...

- Ah non ! Cette fois-ci c'est la mienne si vous me permettez !

Il va être onze heures. Le "L...", que je ne connaissais pas encore il y a trois heures à peine, compte devant moi sa recette, ce que je trouve un peu culotté. Satisfait il se tourne vers moi :

- T'as mangé ?

- Ben non, pas encore.

- Viens, je t'invite, je connais un endroit où l'on nous servira encore.

Ce soir-là je venais de me faire un ami, peu gâté par la vie, handicapé de la hanche, un vieil homme généreux et solitaire, au crâne lisse et brillant à la Yul Brynner, aux yeux bleus étincelants. Il est mort un matin, à 73 ans, juste après avoir ouvert ses volets.




jeudi 3 juin 2021

Gustave Nadaud

 


    L'autre jour je fredonnais une chanson de Brassens, "Carcassonne". Alors que je butais toujours sur le même couplet, je décidais de faire une rapide vérification. Comme j'ai la mémoire qui flanche, que je ne me souviens plus très bien, j'avais oublié jusqu'au titre de ladite chanson. Alors dans Google je tape "je me fais vieux j'ai soixante ans, j'ai travaillé toute ma vie" (ce qui est un peu mon cas, ceci explique peut-être pourquoi j'avais cet air dans la tête...). Bon prince le moteur de recherches me renvoie immédiatement sur "Carcassonne", donc, mais avec, quand je pensais trouver celui du bon Georges associé au titre, le nom d'un certain Nadaud à moi jusqu'alors inconnu. Ainsi donc cette chanson, comme "Le roi boiteux" d'ailleurs, le Sétois les avait empruntées à un poète-chansonnier-goguettier du XIXᵉ siècle (1820-1893). On ne me dit rien on me cache tout... Et combien connaissent ce détail ?

On trouvera plus d'informations sur ce truculent parolier en visitant SA PAGE WIKIPEDIA.

En attendant voici un autre exemple de sa verve :

 

 

LES DEUX NOTAIRES.


Hé ! bonjour, maître Robin.
— Collègue, ouvrez-moi la porte ;
C’est un contrat que j’apporte
À parapher, ce matin.
La cliente est fort gentille ;
Vous savez que c’est la fille
De monsieur André Bontemps ;
Elle a bientôt dix-huit ans.
Ah ! maître Lebègue,
Mon très-cher collègue,
Vous souvenez-vous du temps
Où nous avions dix-huit ans ?
Nous etions de gais compères,
Et nous n’étions pas,
Hélas !
Et nous n’étions pas
Notaires !

Que nous étions beaux à voir
Au sein de la capitale !
Comme feu Sardanapale,
Nous festinions chaque soir.
On disait : « Voilà des princes
Oui sortent de leurs provinces…
— Nous disons que le futur
Se nomme monsieur Arthur…
— Ah ! maître Lebègue,
Mon très-cher collègue,

Paris est un bel endroit ;
Nous y faisions notre droit ;
Nous étions célibataires ;
Et nous n’étions pas,
Hélas !
Et nous n’étions pas
Notaires !

Avons-nous joué des tours
À la portière majeure,
Qui nous gourmandait, à l’heure
Où l’on ne vient pas du cours !
Un soir, que nous étions quatre,
Nous avons failli la battre…
— Nous disons que les parents
Compteront cent mille francs…
— Ah ! maître Lebègue,
Mon très-cher collègue,
Nous fumions et nous chantions ;
Même parfois nous dansions
Des polkas un peu légères ;
Et nous n’étions pas,
Hélas !
Et nous n’étions pas
Notaires !

— Te rappelles-tu Clara ?
— Parbleu ! ’était la grisette,
Avec son nez en trompette,
Ses yeux noirs, et cætera.
Et puis, elle était si vive,
Si fidèle, si naïve !…
— Hum ! le régime adopté

Sera la communauté…
— Ah ! maître Lebègue,
Mon très-cher collègue,
Elle m’adorait… — Tais-toi :
Elle était folle de moi.
— Nous étions déjà confrères ;
Mais nous n’étions pas,
Hélas !
Mais nous n’étions pas
Notaires !

— Chut ! Robin, tâchons, mon vieux ,
De nous regarder sans rire ;
Songe à ce qu’on pourrait dire
Si l’on nous connaissait mieux.
Tu sais bien que mon épouse
Est un tant soit peu jalouse.
Il faut bien se résigner…
Il ne reste qu’à signer.
— Ah ! maître Lebègue,
Mon très-cher collègue,
Vous êtes un scélérat…
— N’oublions pas mon contrat :
Nous nous en passions naguères,
Quand nous n’étions pas,
Hélas !
Quand nous n’étions pas
Notaires !